[fse-esf] Un article sur le séminaire des mouvements sociaux

Pierre Rousset Pierre.Rousset at ras.eu.org
Thu Nov 2 13:07:23 CET 2006


Bonjour,

Je n'avais pas envoyé le petit article que j'avais écrit sur le 
séminaire des mouvements sociaux de Bruxelles. Mais, comme il y a des 
échanges à ce sujet, peut-être est-ce utile de le faire.

Dans le doute, je ne m'abstiens pas: le voici:

[Europe Solidaire Sans Frontières] - 
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article3517
  Français > Forums & mouvements > Au niveau mondial >  Réseau des 
Mouvements sociaux
Bruxelles : des mouvements sociaux en séminaire international
  ROUSSET Pierre
10 octobre 2006

Un séminaire international des mouvements sociaux s’est tenu à 
Bruxelles, du 28 septembre au premier octobre 2006, à l’invitation de 
l’Alliance sociale continentale des Amériques, du CADTM (Comité pour 
l’annulation de la Dette du tiers-monde), de COMPA Amériques, Focus on 
the Global South (basé à Bangkok), Grassroots Global Justice 
(Etats-Unis), Jubilé Sud (réseau sur la dette), ainsi que de la Marche 
mondiale des Femmes et de l’internationale paysanne Via Campesina.

Quelque quatre-vingt organisations étaient représentées au séminaire. 
Un certain nombre de délégations nationales n’ont pu venir (Corée du 
Sud, etc.), faute notamment d’avoir obtenu leur visa à temps. Mais des 
mouvements d’Amériques du Nord, d’Amérique latine, d’Afrique et du 
monde arabe, d’Europe (y compris Russie) et d’Asie se sont retrouvées à 
Bruxelles.

Notons en particulier la présence de syndicats comme la FSU et 
Solidaire en France, la FIOM (métallurgie) et les Cobas en Italie, la 
CUT du Brésil ; de la Confédération paysanne (France), du Mouvement des 
sans-terre (Brésil) et de la Fédération des paysans indonésiens 
(FSPI) ; des « sans » (papiers, logements…) avec Nox Vox, des centres 
sociaux italiens (Arci) et de réseaux féministes (comme Dawn en Asie) ; 
de plusieurs comités Attac (Allemagne, Japon, Maroc…), de mouvements 
anti-guerre (Globalize Resistance en Grande-Bretagne…) ou du Centre 
d’information alternative de Jérusalem…

La plupart de ces organisations ont activement participé, voilà six 
ans, au lancement du Forum social mondial. C’est d’ailleurs dans le 
cadre du FSM que le réseau lui-même s’est constitué. Il a notamment 
assuré la convocation des assemblées de mouvements sociaux, au sein des 
forums mondiaux ou régionaux, qui ont discuté de revendications 
communes et élaboré chaque année un calendrier collectif d’initiatives 
internationales. L’un des principaux problèmes qui s’est posé en 2001 
était : comment combiner le « l’espace libre » de rencontres ouvert par 
les forums et la création de dynamiques convergentes tournées vers 
l’action militante ? Le réseau des mouvements sociaux a été l’un des 
premiers à apporter une réponse concrète à cette question. Il a aussi 
permis d’assurer la visibilité des acteurs sociaux et pas seulement des 
personnalités et des universitaires.

Le réseau des mouvements sociaux s’est régulièrement réuni au sein des 
forums mais, jamais auparavant, un séminaire international n’avait été 
organisé indépendamment d’un « événement » et sur une durée de quatre 
jours. L’importance de la participation montre que cette rencontre 
répondait à un besoin. Elle a permis de discuter de la situation 
mondiale ; de la dynamique des combats altermondialistes et 
antiguerres ; du Forum social mondial et de la préparation de sa 
prochaine session à Nairobi (Kenya) en janvier ; des tâches propres du 
réseau à l’étape actuelle et des difficultés de coordination auxquelles 
il doit faire face. Ces difficultés sont nombreuses, mais le réseau des 
mouvements sociaux aide à « décloisonner » la réflexion et à créer des 
convergences dans l’action. Il rassemble en effet des organisations 
dont le terrain privilégié d’intervention est très varié ou qui 
reflètent l’expérience de pays ou de régions très diverses — et il le 
fait dans une perspective résolument militante. C’est ce qui explique 
que la qualité des échanges politiques peut être ici meilleure que dans 
d’autres enceintes (y compris le Conseil international du FSM où les 
débats généraux sont souvent plus « abstraits »).

Le réseau des mouvements sociaux reste en cela un acquis précieux et 
irremplaçable — au sein comme en dehors des forums. Il permet d’aborder 
dans un cadre fonctionnel des questions complexes : Comment construire 
un calendrier commun d’action sans prétendre pour autant favoriser 
certains terrains de lutte aux dépens d’autres, tout aussi légitime ? 
Comment rassembler les forces face à une échéance particulière quand 
les priorités quotidiennes diffèrent suivant les organisations et quand 
la situation politique varie suivant les pays ? Comment assurer une 
représentation plus équilibrée des régions et des combats ? Comment 
croiser les points de vue pour aborder les questions qui clivent, afin 
d’approfondir les débats tout en s’assurant que les divergences 
n’entravent pas l’action ?

Après Seattle (1999), les réponses à ces questions se sont imposé de 
façon assez spontanée, avec la multiplication des mobilisations 
altermondialistes comptant des dizaines ou des centaines de milliers de 
participant.e.s, voire des millions lors de la journée historique 
contre la guerre du 15 février 2003. Les échéances (réunions du G8, du 
FMI, préparation de l’invasion de l’Iraq…) dictaient le calendrier 
militant et les manifestations internationales gagnaient régulièrement 
en ampleur. C’est aujourd’hui beaucoup moins vrai. A l’étape actuelle, 
les convergences doivent se construire plus consciemment, 
volontairement, ce qui exige plus que par le passé la prise en compte 
de réalités diversifiées.

Nous avons beaucoup, par exemple, évoqué le thème de la « guerre 
globale » engagé par l’impérialisme US. [1] Pour agir globalement 
contre cette politique de guerre globale, il faut pouvoir se mobiliser 
mondialement contre l’occupation de l’Irak ou du Liban : c’est l’une 
des fonctions d’un réseau comme celui des mouvements sociaux d’y aider. 
Mais il faut aussi intégrer à la vision du mouvement anti-guerre 
international la violence meurtrière des conflits en Afrique ou leur 
profondeur en Asie ; des questions trop souvent ignorées en pratique. 
Par ailleurs, si la solidarité face aux interventions impérialistes 
doit être sans condition préalable, il faut aussi discuter des 
problèmes politiques auxquels ladite solidarité est confrontée. Or, en 
ce domaine, l’angle de vision n’est pas le même quand on part des 
réalités palestino-libanaises (dominées par la résistance aux 
interventions israélo-étatsuniennes) ou quand on part de la situation 
en Asie du Sud, profondément marquée par les violences sectaires 
intercommunautaires (hindouistes contre musulmans en Inde, 
inter-islamiques au Pakistan…) et par l’agressivité de mouvements 
intégristes qui remettent aujourd’hui en cause la laïcité de l’Etat 
(Inde) et les droits démocratiques les plus élémentaires (en 
particulier des femmes). Le croisement indispensable des points de vue 
régionaux (Moyen-Orient, Asie du Sud…) et « thématiques » (anti-guerre, 
féministe…) n’a rien d’évident. Il n’y a pas beaucoup d’espaces 
militants internationaux au sein duquel ce travail de confrontation 
peut être effectué. Ce qui ne fait que renforcer la responsabilité du 
réseau des mouvements sociaux.

Contribuer à dynamiser l’action, à renforcer les convergences 
militantes et à collectiviser la réflexion : ce ne sont pas les tâches 
qui manquent ! Mais le réseau des mouvements sociaux est confronté à de 
grandes difficultés de coordination — c’est d’ailleurs pour en discuter 
que le séminaire de Bruxelles à été organisé. De plus, en certains 
domaines, des réseaux spécialisés opèrent à l’échelle internationale 
(dette, souveraineté alimentaire, Marche mondiale des femmes…) et sont 
à même de préparer des propositions de campagnes mondiales, alors que 
c’est beaucoup moins vrai sur d’autres terrains comme la guerre ou le 
syndicalisme militant. Cela rend plus difficile la discussion d’un 
calendrier de mobilisations équilibré.

Le séminaire de Bruxelles n’avait pas pour ambition de répondre à 
toutes ces questions. Il a cependant permis de poser les problèmes. Des 
réponses doivent être apportées dans les mois qui viennent…

[1] Sur les débat, voir la synthèse présentée à la suite du séminaire : 
Séminaire international des mouvements sociaux, Bruxelles 28 sept. / 
1er oct. 2006 : une synthèse
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