[fse-esf] Michel Warschawsky: Liban  : La guerre préventive permanente d¹Israël et les limites de l¹unilatéralisme

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Mon Jul 24 12:59:02 CEST 2006


 
 
 
Michel Warschawsky: Liban  : La guerre préventive permanente d¹Israël et les limites de l¹unilatéralisme


Liban : La guerre préventive permanente d¹Israël et les limites de
l¹unilatéralisme

Michel Warschawsky
publié le vendredi 21 juillet 2006.

« Nous sommes en guerre ! » proclame Israël depuis cinq ans. Une espèce
unique de guerre : une guerre unilatérale, où un seul des deux côtés,
Israël, combat, frappe, détruit, assassine, arrête, torture.


Et maintenant, soudain, l¹autre côté riposte en attaquant des militaires aux
avant-postes israéliens et des véhicules blindés, et quand l¹autre côté a
fait des prisonniers de guerre - ils ne sont pas considérés comme des
combattants ennemis, mais comme des terroristes qui attaqueraient sans
raison un état souverain.

 Cinq années d¹usage à peu près unilatéral de la violence crée l¹illusion
d¹être le seul acteur en scène, tous les autres n¹étant pas plus que des
objets passifs de la brutalité unilatérale. Et après l¹illusion, c¹est la
surprise et maintenant, la désillusion.

 Les services de renseignement militaires israéliens ont été surpris par
l¹attaque palestinienne victorieuse au poste militaire de Kerem Shalom,
comme par l¹attaque Hezbollah à la frontière du sud Liban ; le Mossad a été
surpris par la capacité de frappe de ce même Hezbollah sur les grandes
villes israéliennes, avec missiles et roquettes. La surprise est toujours le
prix à payer de l¹arrogance coloniale et de son incapacité structurelle à
envisager les colonisés comme des humains qui peuvent penser, avoir des
plans, des actions et des réactions.

 Bien qu¹ils parlent tout le temps d¹ « Arabes », de « menace arabe »,
d¹« ennemi arabe », de « menace musulmane » etc., les Israéliens ne
saisissent pas le lien évident qu¹il y a entre les massacres perpétrés par
l¹armée israélienne à Gaza et la contre-attaque des activistes libanais. Par
conséquent, ils sont, presque unanimement, très surpris et profondément
offensés : comment une organisation libanaise ose-t-elle attaquer des villes
israéliennes, sans aucune raison, ni provocation de leur part à eux ? !

Habitués à l¹usage unilatéral de la violence, les citoyens de l¹Etat
d¹Israël sont, ces jours ci, totalement désorientés, et, comme d¹habitude,
ont un fort sentiment d¹être des victimes, les victimes de la haine mondiale
contre les juifs en tant que juifs.

 La réponse stratégique de l¹état-major israélien, est de multiplier l¹usage
de la violence, se référant à la vieille et stupide conception militaire
selon laquelle « ce qui n¹a pas pu être fait par la force, doit être fait
avec plus de force ». Ils n¹ont pas la moindre idée de ce que peut être
l¹issue de leurs bombardements des infrastructures civiles libanaises sur la
stabilité du régime ; ils rêvent d¹attaquer la Syrie, sans aucune sérieuse
évaluation du potentiel iranien de réaction à une telle attaque, y compris
l¹émergence d¹une insurrection chiite contre les forces étasuniennes en
Irak. Comme toute armée coloniale, ils veulent « donner une leçon » aux
Arabes, ou aux Musulmans, par leur supériorité militaire.

 Pendant ce temps, les Israéliens sont les seuls à apprendre, de façon
pénible, que tôt ou tard l¹usage unilatéral de la violence conduit à l¹usage
réciproque de la force et que dans un proche avenir, ils risquent
d¹apprendre aussi que, au Moyen-Orient, un conflit local peut dégénérer en
une guerre régionale. Le fait qu¹une petite organisation libanaise bien
structurée peut provoquer de sérieux dégâts au coeur d¹Israël est un
terrible coup porté à la force de dissuasion de l¹état hébreu, et les tonnes
de bombes lancées sur le sud Liban n¹arriveront pas à changer cette nouvelle
réalité.

 La crise actuelle n¹est pas finie pour trois raisons : premièrement, il n¹y
a aucun signe de quelque reddition que ce soit, ni dans les Territoires
occupés palestiniens, ni au Liban. Bien que plusieurs régimes arabes, en
particulier l¹Arabie Saoudite, l¹Egypte et la Jordanie, et qu¹une partie de
l¹élite dominante libanaise, soient mécontents de la contre-attaque du
Hezbollah, la brutalité de la violence israélienne a rapidement créé un
large ressentiment arabe contre la violence israélienne, et un soutien à la
Résistance. Deuxièmement, parce qu¹il n¹y a et qu¹il n¹y aura pas de
pression internationale sur Israël : même l¹Union européenne est en train de
considérer Israël comme une victime ayant un droit de riposte légitime...
quoique de façon proportionnée. Troisièmement, parce que la population
israélienne ne considère pas la perte de vies israéliennes comme un échec de
la politique de son gouvernement et comme un catalyseur de son mouvement de
masse anti-guerre, comme ce fut le cas pendant la guerre du Liban, en
1982-1985. Ayant intériorisé la théorie du choc mondial des civilisations
et, par conséquent, le besoin d¹une guerre préventive permanente, la
majorité de l¹opinion publique israélienne considère le fait d¹avoir des
victimes, civiles et militaires, israéliennes, comme une chose naturelle et
inévitable. En d¹autres termes, la politique gouvernementale n¹est pas
vraiment responsable des souffrances de la population israélienne, perçues
comme le prix à payer pour protéger Israël, en tant que partie du « monde
civilisé », face à la barbarie musulmane.

 La grande difficulté à considérer le « clash des civilisations » comme une
fausse logique, enracinée dans l¹opinion publique israélienne depuis 1996,
est confirmée par l¹effondrement total de Peace Now, la plus grande
organisation de masse pacifiste israélienne, son silence pendant la guerre
sauvage de destruction déclanchée par Sharon entre 2001 et 2005, et
aujourd¹hui, son soutien à l¹agression contre Gaza et le Liban.

 C¹est pourquoi, à la différence de 1982, seulement 800 femmes et hommes ont
manifesté hier soir à Tel Aviv contre l¹agression israélienne au Liban et la
politique israélienne de domination. Si courageux et déterminés qu¹ils
soient, ces activistes du mouvement anti-colonial ne peuvent pas changer la
ligne d¹action du gouvernement et sa conduite vers une guerre permanente
dans la région. Mais au moins leur opposition à la politique guerrière de
leur propre gouvernement est-elle une preuve vivante qu¹il n¹y a pas de
« clash des civilisations » ni, comme les médias sont en train de le
décrire, « un problème général de culture » entre juifs et arabes. Bien sûr,
il y a un clash, un clash entre, d¹une part ceux qui, à Washington comme à
Tel Aviv, sont en train de mener une conquête de colonisation du monde sous
la domination des grands firmes mondiales et de l¹empire Us, et, d¹autre
part, les peuples du monde qui aspirent à une liberté réelle, à une
indépendance souveraine et véritable.

Voir également l¹article "Initiative 100% israélienne".
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