[fse-esf] Appel du réseau Seattle to Brussels à la société civile européenne sur la stratégie de compétitivité extérieure de l'UE

Charly Poppe charly.poppe at foeeurope.org
Fri Dec 1 17:06:48 CET 2006


Appel aux mouvements sociaux, ONG, associations, réseaux et syndicats
européens

 

 

Chers tous,

 

L’Union européenne a récemment adopté une nouvelle stratégie pour sa
politique commerciale extérieure. Cette stratégie emprunte une voie
radicalement dérégulatrice et menace les droits sociaux, les droits des
travailleurs, l’environnement et le développement soutenable dans le monde
mais aussi dans l’Europe elle-même.

 

Le réseau Seattle to Brussels, un réseau européen composé de plus de 70
organisations militant pour un commerce plus juste (www.s2bnetwork.org
<http://www.s2bnetwork.org/> ), espère mobiliser un grand nombre de
personnes et mouvements autour de cette proposition politique nuisible.
Aussi, nous vous invitons à lire notre appel ci-dessous.

 

Si cet appel vous a touché, n’hésitez pas à nous le faire savoir et à le
distribuer autour de vous. Des mobilisations sont déjà en route pour 2007,
et nous espérons être le plus nombreux possible !

 

Au nom du réseau Seattle to Brussels,

 

-----------

 

Charly Poppe

 

Trade Campaigner

 

Friends of the Earth Europe

Rue Blanche, 15

B-1050 Brussels

Belgium

Tel: +32.2.542 01 89

Fax: +32.2.537 55 96

E-mail:  <mailto:charly.poppe at foeeurope.org> charly.poppe at foeeurope.org

Skype: charlypoppe

Web:  <http://www.foeeurope.org/trade> www.foeeurope.org  -
<http://www.s2bnetwork.org/> www.s2bnetwork.org

 

Vote for the worst EU lobbyist in 2006

 <http://www.worstlobby.eu> http://www.worstlobby.eu

 

 

 

http://www.s2bnetwork.org/download/globaleurope_s2balert_nov06_fr

 

 


Novembre 2006


 

 

‘Une Europe compétitive dans une économie mondialisée’, la nouvelle
stratégie de l'UE:

 

Servir les grandes entreprises ici et partout dans le monde

 

 

Appel au réveil de la société civile et des syndicats 
en Europe et ailleurs

 

 

 


1.   Les nouvelles ambitions de la politique commerciale européenne par delà
l'OMC


 

 

Le 4 octobre 2006, la Commission européenne a rendu public un nouveau
document de politique générale intitulé Une Europe compétitive dans une
économie mondialisée[i]. Il explique comment des accords de libre échange
bilatéraux avec les principaux pays d'économie émergente devraient permettre
à l'Union européenne d'ouvrir à ses entreprises de nouveaux marchés
porteurs. L'UE s'attachera également à renforcer les droits de propriété
intellectuelle et à réduire les ‘barrières non tarifaires’ au commerce avec
ses partenaires ; elle défendra aussi des réformes intérieures à l'Europe
qui favorisent l'activité économique.

Cette Communication développe une stratégie agressive dite de compétitivité
extérieure. Comme le dit le Commissaire européen au Commerce Peter Mandelson
: "Qu'entendons-nous par aspects extérieurs de la compétitivité? En fait, il
s'agit de s'assurer que des entreprises européennes compétitives, s'appuyant
sur de bonnes politiques internes, puissent accéder aux marchés mondiaux et
y travailler en toute sécurité. C'est notre objectif”[ii].

 

Comme la Communication du 4 octobre est à usage public, les éléments
inquiétants en ont été retirés. Si l'on souhaite comprendre quelles sont les
véritables intentions et priorités de l'UE, il convient de consulter une
première version rédigée par la DG Commerce – c'est un document que la
Commission voulait garder secret, mais qui a été révélé au public et est
accessible à l'adresse :
http://www.s2bnetwork.org/download/globaleurope_draft.

Les priorités de l'UE sont aussi reprises dans les annexes à la
Communication officielle disponibles à l'adresse :

http://trade.ec.europa.eu/doclib/docs/2006/october/tradoc_130370.pdf

 

 

 

L'essentiel de la stratégie proposée se résume comme suit : si l'UE souhaite
garder son niveau de compétitivité dans un marché mondialisé, il lui faut
redoubler d'efforts afin de créer des opportunités permettant à ses
entreprises de se déployer à l'étranger, ceci en visant tout
particulièrement les règles commerciales dans les pays tiers. Mais si elle
veut bâtir des entreprises solides, elle doit aussi favoriser l'activité
économique sur le marché intérieur.

 

L'UE ne veut pas seulement adopter une position plus agressive (ou, comme
elle dit, plus  ‘volontariste’) dans ses rapports avec ses partenaires
commerciaux. Elle veut aussi lancer de nouveaux processus bilatéraux et
suggère d'appliquer de nouvelles mesures comme une  consultation préalable
du monde de l'entreprise à l'étranger et sur le marché intérieur, par
exemple pour rédiger de nouvelles règles, donner à des entreprises
européennes un accès direct à une instance de règlement des différends,
limiter l'accès de pays qui ne renvoient pas l'ascenseur à des marchés
publics au sein de l'UE, ou s'assurer qu'une parfaite parité soit respectée
dans des négociations bilatérales.

 

Si la politique commerciale permettait déjà d'introduire des réformes sur le
marché intérieur par le biais de l'OMC et de négociations bilatérales, elle
va désormais avoir un impact direct sur ces réformes au sein de l'Europe.
“Les dimensions intérieures et extérieures de la compétitivité sont
inextricablement mêlés,” a dit le Commissaire en charge du Commerce.
Éliminer tous les obstacles qui entravent le fonctionnement des entreprises
et s'assurer que les réglementations n'auront qu'un influence minimale sur
le commerce, tel doit être l'objectif de l'UE, en Europe et à l'étranger.

 

Démanteler le système régulateur semble être la stratégie la plus importante
pour augmenter  la compétitivité extérieure de l'UE. Ceci comprend des
exigences sanitaires et phytosanitaires (SPS) comme celles concernant les
obstacles techniques au commerce (TBT), des règlements sur les services, les
marchés publics, mais aussi les régimes auxquels sont soumis les droits de
propriété intellectuelle, les investissements et la concurrence dans les
pays tiers. Il faut s'attendre à davantage de concurrence, de flexibilité et
de dérégulation.

 

Adieu au modèle social européen, bienvenue à la mondialisation sauvage pour
tous !

 

 


Les priorités de Mandelson


 

*    Diminuer les ‘barrières non tarifaires’ aux exportations et
investissements de l'UE. Soulignant qu'il faut prendre en compte l’ensemble
de l’environnement opératoire des pays tiers, la Commission veut s'assurer
que les règlements soient non-discriminatoires et ‘les moins contraignants
possibles’ ;

 

*    Améliorer l'accès aux matières premières afin d'assurer une base
équitable à la concurrence. L'objectif principal ici est d'éliminer toute
taxe à l'exportation et toute autre restriction aux exportations utilisée
par des partenaires commerciaux pour s'assurer que leurs matières premières
sont utilisées pour leur propre besoin ;

 

*    Assurer la fourniture d'énergie grâce à une amélioration du commerce
dans le secteur de l'énergie de pays tiers, l'intérêt principal étant ici
d'assurer l'approvisionnement de l'Europe en gaz et en pétrole. Ceci
signifie que le marché européen de l'énergie doit être compétitif ;

 

*    Renforcer la présence des entreprises européennes sur des marchés
émergents par une installation permanente impliquant une plus grande
libéralisation des investissements ;

 

*    L'ouverture des marchés publics – un “énorme potentiel largement
sous-exploité” pour les exportateurs européens, déclare la Commission
(10-25% du PIB de pays partenaires). Cependant, la façon de procéder dans
les pays partenaires "entrave" la participation "équitable" de fournisseurs
de l'UE et les "exclut d'importantes opportunités d'exportation" ;

 

*    Réformer l'application des mesures de défense commerciale
(anti-dumping) des partenaires commerciaux de l’UE, qui menacent d’annihiler
l'accès au marché obtenu par les entreprises européennes ;

 

*    Garantir l’application des droits de propriété intellectuelle (DPI), y
compris les indications géographiques.

 

Aux yeux de la Commission européenne, même un résultat ambitieux au cycle de
Doha, actuellement en cours à l'OMC ne serait pas suffisant pour satisfaire
les attentes du lobby industriel de l'UE. A la fin du cycle, il faudra
reprendre tous les points mentionnés ci-dessus.  Néanmoins, comme on peut
avoir des doutes quant à la volonté de certains membres de l'OMC d'adopter
pareils objectifs, il faut déjà préparer un nouveau et ambitieux programme
de négociations bilatérales.

 

 

Une nouvelle génération d'accords bilatéraux

 

Dans ce genre de programme, il faut tout d'abord identifier les critères
permettant de sélectionner les pays cibles. Les principaux sont : potentiel
du marché (taille du marché, sa croissance et perspectives de bénéfice),
niveau de protection contre les intérêts des exportateurs de l'UE, nombre
d'accords bilatéraux que ces pays ont déjà établis avec d'autres partenaires
commerciaux (établir des relations privilégiées qui excluent l'UE et mettent
en place un régime de réglementation commune incompatible avec celui de
l'UE). A ces démarches, il faut ajouter : l'accès aux ressources ;
l'équilibre entre intérêts offensifs et défensifs ; l'effet sur les systèmes
multilatéraux.

 

Sur cette base la Commission identifie l'ASEAN, la Corée du Sud et le
Mercosur (l'Argentine, le Brésil, le Paraguay, l'Uruguay, le Venezuela) en
tant que cibles prioritaires, à côté de l'Inde, la Russie et le Conseil de
Coopération du Golfe. L'UE a déjà lancé des pourparlers en vue d’accords de
libre échange (ALE) avec le Conseil de Coopération du Golfe qui rassemble
six pays de la péninsule arabique autour de l'Arabie saoudite. Ses
négociations ALE avec le Mercosur, suspendues depuis 2005 à cause de
désaccords sur l'agriculture, les biens industriels, les investissements et
les services, doivent reprendre sous peu. Par ailleurs, Bruxelles et Delhi
envisagent de lancer des pourparlers ALE. L'UE n'a pas encore lancé de
négociations avec la Chine, qui représente pourtant un immense marché en
croissance constante. La Chine est perçue tout à la fois comme une menace,
une opportunité et un partenaire potentiel, et l'UE a formulé sa politique
de commerce et d'investissement avec la Chine dans une Communication publiée
le 24 octobre 2006.[iii]

 

Les nouveaux accords bilatéraux auront comme priorité les points suivants :

 

*     Assurer l'accès au marché pour tout le commerce des biens et des
services, en cherchant une parité complète avec les autres pays engagés dans
des accords bilatéraux.

 

*     Éliminer les barrières non tarifaires et chercher à atteindre une
convergence des règles en vigueur. En plus des questions SPS, OTC et DPI, la
DG Commerce veut ouvrir une nouvelle frontière : elle considère qu'il n'y a
pas que certaines mesures qui constituent des obstacles, mais aussi la façon
dont elles sont appliquées, “sans consultation suffisante”. Il faut donc
mettre de l'ordre, notamment par des mécanismes pour éviter les différends.
Ceci va dans le sens des engagements à une consultation préalable que
cherchent les États-Unis avec leurs partenaires bilatéraux. Dans le cas des
EU, quand un pays veut modifier les règles qui régissent l'industrie ou le
commerce, il leur faut impliquer leurs partenaires dans le processus de
décision. L'UE demande des “consultations, des procédures d'avertissement
précoce, l’échange d'informations et la possibilité de faire des
commentaires”. La Commission propose également un contrôle plus strict et
des mécanismes de résolution des différends accessibles aux grandes
entreprises.

 

*     Inclure de nouvelles clauses portant sur les investissements, les DPI
et la concurrence.

 

*     Ouvrir les marchés publics. Comme les marchés publics européens sont
déjà largement ‘ouverts’, la Commission envisage de réduire l'accès aux pays
où cette ouverture n'est pas comparable et d'ainsi les amener à négocier des
accords sur les marchés publics.

 

La Commission suggère également un mécanisme de vérification pour s'assurer
que ses partenaires commerciaux fassent preuve d’un engagement équivalent
avant d'entamer des négociations, ceci afin d'éviter le risque que des
négociations soient bloquées suite à des attentes différentes. Pareille
vérification a cours ou s'est déjà appliquée dans les négociations avec
l'Inde, les pays de l'ASEAN et la Corée du Sud.

 

 

La dimension européenne de la stratégie de commerce extérieur

 

Afin de soutenir la compétitivité extérieure et de mieux servir les intérêts
du monde économique, il convient de prendre en compte des considérations
extérieures lorsque l'on détermine des mesures de politique intérieure. La
réalisation du marché unique et l'accroissement de la concurrence intérieure
sont des facteurs clés, mais à nouveau l'élément déterminant est le cadre
régulateur. Selon la nouvelle stratégie de la Commission, les pratiques et
les règles internes à la Communauté devraient être en accord plus étroit
avec les pratiques et les règles appliquées par les partenaires commerciaux
de l'UE, et moins ‘restrictives au commerce’.

 

Pour la Commission, c'est dès le début du processus de décision qu'il faut
prendre la dimension extérieure en compte si l'on veut réduire au minimum
les frictions avec les règles de nos partenaires commerciaux. “La
coopération internationale en matière de règlements est le bon outil,
déclare le Commissaire, cela permet de choisir le système le moins
contraignant, de minimiser le coût de régulations du commerce intérieur et
la résolution de différends en amont.
 Un bon exemple en est le processus de
consultation pour la directive REACH où la voix d'industriels extérieurs à
l'UE a pu se faire entendre 
. Nous devons être prêts à améliorer notre
niveau de transparence, d'information préalable, laisser la possibilité de
commenter les propositions 
”

 

Si la Commission cite REACH comme exemple positif, les ONG en revanche
soutiennent que le dossier REACH est un exemple type de dérive du processus
décisionnel européen. L’on sait aujourd’hui que les pressions du secteur
chimique ont vidé de sa substance une législation originellement conçue pour
protéger la population et l'environnement[iv]. C'est le lobby des
industriels européens qui a demandé aux entreprises non-européennes
d'intervenir.  Il est intéressant de noter que le Parlement européen a
trouvé que quelques grandes multinationales exportant des produits chimiques
en gros supporteraient les frais[v]. Mais il est clair que les pressions
exercées par les multinationales ne pèsent pas encore assez lourd aux yeux
de la Commission ; à l'avenir elle invitera des multinationales hors UE à
prendre part au processus de décision. La Commission veut être plus
transparente (pour les industriels étrangers, pas pour sa propre société
civile) et veut écouter les plaintes de grosses entreprises étrangères avant
de prendre des décisions qui “affectent le marché” – des décisions par
exemple sur l'environnement, la santé, les réglementations sociales. Cela va
rendre l'UE encore moins démocratique. Enfin la Commission veut aussi
équiper la population pour le changement. Elle est consciente que si elle
veut des accords ambitieux au service des intérêts des grandes entreprises
européennes, il lui faut offrir quelque chose en retour. Elle est prête à
ouvrir des secteurs sensibles de l'économie européenne tout en reconnaissant
que cela va entraîner des “transformations qui vont perturber certains dans
l’UE”.

 

La Commission va donc ouvrir l’EU, mais elle cherche à mettre en place des
périodes de transition, des garde-fous, etc. Elle promet d'équiper certains
pour faire face au changement en développant des politiques actives en
matière d'enseignement et de marché du travail grâce au Fonds Européen
d'Ajustement à la Mondialisation. Aucune mesure n'est prévue pour ceux qui
ne trouvent pas de travail, alors que de plus en plus d'économistes
commencent à se soucier de la croissance du chômage, des travailleurs en
dessous du revenu minimal et de l'absence de redistribution des richesses.
Pour les consommateurs, la Commission promet des mesures qui garantiront que
l'effet positif de l'ouverture commerciale et des diminutions de prix (grâce
à des tarifs réduits) ne soient pas ‘détournés par des intérêts
particuliers’.

 

 

 


2.   Critique : ‘Une Europe compétitive’ – le programme des grandes
entreprises


 

 

La vision qu'a Mandelson d'une ‘Europe compétitive’ va dans deux directions
: vers les rapports de l'UE avec d'autres pays à l'extérieur et vers le type
d'Europe que nous nous fabriquons à l'intérieur. Vers l'extérieur, la
politique de Mandelson marque un nouveau départ dans les rapports de l'UE
avec d'autres pays, dans une veine désormais ouvertement intéressée. Plus
question de beaux discours sur la justice commerciale ou la mondialisation
au service des plus pauvres. Tout ce que promet Mandelson c'est “une plus
grande concentration sur l'ouverture des marchés et des règles plus strictes
dans des domaines commerciaux qui représentent un enjeu économique
important.”

 

En pratique, cela signifie lancer une nouvelle génération d'accords
commerciaux avec des pays comme le Brésil, la Chine, l'Inde et la Corée –
c'est-à-dire précisément les marchés que l'industrie européenne doit
conquérir si elle veut prospérer. ‘Volontarisme’ est ici le terme qui
caractérise l'activité de Mandelson – il s'agit d'utiliser les négociations
bilatérales pour obliger de nouveaux marchés à s'ouvrir, le but avoué étant
que les entreprises européennes gagnent le droit d'exploiter ces nouvelles
opportunités et les ressources naturelles des PVD.

 

L’axe central de cette nouvelle vision, c’est l’accès aux services ainsi que
les marchés publics et industriels des économies émergentes, ceci malgré les
difficultés que cela entraîne pour le développement de ces pays plus pauvres
et la misère provoquée par la faillite d’entreprises locales suite à une
concurrence déloyale. Le relent le plus évident de l’époque coloniale, c’est
l’exigence d’un accès illimité aux ressources naturelles. Mandelson a écouté
les appels du lobby industriel européen en décidant que l’accès aux
ressources des pays en développement serait une “priorité” et en promettant
de s’opposer à toute tentative de la part de ces derniers pour défendre leur
droit à utiliser ces ressources pour leurs propres besoins.

 

Cette charité bien ordonnée s’étend d’ailleurs aux sources d’énergie,
puisque Mandelson réclame une “politique cohérente” permettant d’assurer à
l’Europe un accès aux réserves de gaz et de pétrole de la planète. De plus,
un ensemble d’accords d’investissement permettra aux multinationales de
lancer leur production dans des économies à bas salaire libres de
réglementation ou d’exigences de performance qui pourraient écorner leurs
marges bénéficiaires. Dans le même temps, de nouvelles règles concernant la
propriété intellectuelle empêcheront des entreprises locales de copier les
modèles technologiques dont elles pourraient avoir besoin dans le cadre du
développement de leur pays.

 

La première remarque est qu’il s’agit d’une vision qui repose sur un échec.
L’UE a tenté à maintes reprises d’imposer ce modèle dans les négociations
multilatérales de l’OMC et s’est posée en véritable moteur du cycle de Doha
(lancé en 2001).

 

En fait, lorsque l’on y prête attention, on s’aperçoit que les efforts de
l’Europe au sein de négociations commerciales multilatérales ont été
systématiquement frustrés.

 

L’Europe avait échoué une première fois à introduire un accord multilatéral
sur les investissements dans le cadre de l’OCDE en 1998, puis à la
Conférence Ministérielle de l’OMC à Cancún en 2003. Les négociations sur les
marchés publics ont également échoué à Cancún, tandis que les efforts visant
à ouvrir les marchés étrangers des services à des entreprises européennes
sont restés bien en-deçà des attentes européennes. L’interdiction proposée
par l’UE sur les taxes à l’exportation, taxes qui limitent l’accès des
multinationales aux ressources naturelles des PVD, n’a même pas été retenue
dans l’agenda des négociations. Et maintenant ce qui reste du rêve européen
de Doha gît en lambeaux ; les pourparlers sont suspendus sans perspective de
reprise.

 

Comment la vision de Mandelson a-t-elle pu se faire contrer de façon aussi
spectaculaire ? Il y a à cela deux raisons principales : une extérieure et
une intérieure.

 

La première est que les pays en développement ne sont plus disposés à se
soumettre aussi facilement aux ambitions néocoloniales de la communauté des
industriels européens. Des pays comme le Brésil, la Chine et l’Inde ont fait
savoir sans ambiguïté qu’ils n’étaient pas disposés à se laisser manipuler
dans des pourparlers commerciaux à l’échelle mondiale, et même certaines
anciennes colonies africaines refusent d’accepter bien sagement les accords
de partenariats économiques avec l’Europe (APE).

 

L’autre zone de résistance se situe en Europe même – et c’est là que se
manifeste la seconde dimension de la vision de Mandelson. La tentative
d’élargir l’accès au marché ouvert aux entreprises de l’UE via les
négociations de l’OMC s’est heurtée à une  résistance organisée au modèle
néolibéral, et ceci en Europe même. En termes simples, l’UE n’a pas pu
offrir à ses partenaires commerciaux l’ouverture des marchés que Mandelson
voudrait tellement voir se matérialiser en Europe, et n’a donc pas pu exiger
de leur part les concessions commerciales tant souhaitées par les
entreprises européennes.

 

Ainsi, c'est sur le front intérieur que Mandelson veut redoubler ses efforts
; c'est là aussi que nous percevons le mieux la menace qu'il représente.
Tous les groupes européens qui s'opposent au modèle du libre échange au nom
de droits sociaux, de la défense de l'environnement ou du droit au
développement doivent être jugulés en se concentrant sur la “compétitivité”,
le nouveau nom de code pour l'agenda néolibéral. Tout qui se soucie
d'agriculture soutenable, de droits des travailleurs, de changement
climatique ou du modèle social européen est de facto un obstacle à la vision
de Mandelson. Ces défenseurs d'un avenir solidaire sont une menace pour la
capacité de l'Europe à se mesurer au Japon et aux États-Unis aujourd'hui et
à l'Inde et la Chine demain.

 

L'illustration la plus claire de l'impact de cette politique sur l'Europe se
trouve dans les plans élaborés par Mandelson pour éroder les standards et
règlements européens. L'objectif de dérégulation est une partie clé de son
agenda pour l'Europe, décrit par euphémisme comme “une approche ouverte et
flexible à l'établissement de règles”. Minimiser les inconvénients pour
l'industrie, même au risque de la santé publique, des droits des
travailleurs et de l'environnement, telle est la clé de la vision
mandelsonienne – et la menace la plus immédiate pour les citoyens.

 

Dans ses interventions récentes, Mandelson a fait comprendre ce qui n'était
pas encore explicite dans la déclaration prospective : cette attaque contre
le modèle social repose sur une “convergence régulatrice” avec les
États-Unis. A la place du modèle européen proposant des critères sociaux
élevés acquis grâce à la pression populaire et des luttes acharnées,
Mandelson nous façonne l'avenir selon les lignes tracées par les États-Unis
où les intérêts des grosses entreprises sont protégés et les besoins des
gens refoulés. Et ceci pourquoi ? “Plus nos règles et nos pratiques seront
cohérentes avec notre partenaire principal, mieux ce sera pour l'économie
européenne.”

 

 

 

3.          Défis pour la société civile et les syndicats en Europe

 

 

Il est facile de dégager les valeurs qui sous-tendent la nouvelle stratégie
européenne. Jusqu'à présent un discours de promotion du développement avait
caché des objectifs défendant résolument les entreprises privées. Désormais
l'UE laisse clairement apparaître à quel point les directives et projets
intérieurs élaborés par la Commission et soutenus par le Conseil des
Ministres sont liés aux objectifs extérieurs de la Commission, et
inversement. 

 

A ce jour, les mesures commerciales ne figurent pas parmi les priorités de
beaucoup de mouvements, syndicats et ONG en Europe. La plupart se sont
concentrés sur des problèmes comme l'adoption de la directive sur les
services (qui crée un marché unique des services en Europe), le processus
pour une convention de l'UE et la précarité croissante des emplois en
Europe.

 

Pourtant, aujourd'hui, différents groupes de la société civile européenne
souhaitent entamer un débat afin de mieux comprendre les conséquences des
mesures proposées par Mandelson. On trouve parmi eux des mouvements sociaux,
des syndicats, des associations travaillant sur des thèmes comme
l'agriculture, les droits des travailleurs, l'intérêt des consommateurs, le
développement, l'environnement, les droits des femmes, la responsabilité des
entreprises, le changement climatique, les droits des immigrés, la
militarisation, etc.

 

Les politiques commerciales ne peuvent plus être traitées de façon
parcellaire, sous un angle ou sous un autre. Il faut les comprendre dans le
cadre de la façon dont l'UE impose son agenda néolibéral en Europe et
ailleurs.

 

 Pour le réseau Seattle to Brussels, les questions qu'il nous faut aborder
sont les suivantes :

 

*      Comprenons-nous la portée des mesures  proposées ?

*      Quelles sont les conséquences de la libéralisation du commerce sur le
nombre et la qualité des emplois offerts non seulement dans les PVD mais
aussi en Europe?

*      Quel est le rapport entre l'augmentation des flux migratoires et ces
mesures commerciales ? 

*      Quel est le modèle de gouvernance proposé quand les entreprises
d'Europe et d'ailleurs peuvent influencer les mesures prises en dehors de
tout débat public?

*      Quel est le lien entre le changement climatique et les mesures
commerciales ? 

*      Pourquoi les consommateurs ne bénéficient-ils pas du modèle proposé ?


*      Quels sont les coûts sociaux, environnementaux et culturels de la
course à davantage de compétitivité et de la poursuite effrénée de la
croissance ?

 

Nous voudrions inviter toutes les forces progressistes en Europe et ailleurs
dans le monde, tous nos amis dans des réseaux de paysans, d'ouvriers, de
consommateurs, de femmes, de défense de l'environnement et des services
publics, à nous rejoindre et à contribuer à notre analyse de la politique
commerciale de l'UE et de ses attaques contre la majorité des populations et
contre l'environnement.

 

Nous invitons ces forces à préparer un espace qui nous permette de lancer un
débat à l'échelle européenne dès le printemps 2007 et voir comment nous
pouvons combiner nos efforts pour faire pièce à ces objectifs et proposer
des alternatives basées sur les droits humains, la solidarité et une
activité économique soutenable.

 

 

N’hésitez pas à nous contacter !

 

Alexandra Strickner, astrickner at iatp.org

Charly Poppe, charly.poppe at foeeurope.org

Marc Maes, marc.maes at 11.be 

 

 


  _____  

[i]
<http://ec.europa.eu/trade/issues/sectoral/competitiveness/global_europe_fr.
htm>
http://ec.europa.eu/trade/issues/sectoral/competitiveness/global_europe_fr.h
tm

[ii]  Conférence Churchill, Bureau Fédéral des Affaires Étrangères, Berlin,
18 septembre 2006,
http://europa.eu/rapid/pressReleasesAction.do?reference=SPEECH/06/507
<http://europa.eu/rapid/pressReleasesAction.do?reference=SPEECH/06/507&type=
HTML&aged=0&language=EN&guiLanguage=en>
&type=HTML&aged=0&language=EN&guiLanguage=en

[iii]
http://ec.europa.eu/trade/issues/bilateral/countries/china/global_europe_chi
na_fr.htm

[iv]  Corporate Power over EU Trade Policy: Good for business, bad for the
world, Seattle to Brussels Network 2006, p. 38;
<http://www.s2bnetwork.org/download/Corporate_power_over_EU_Trade_policy>
http://www.s2bnetwork.org/download/Corporate_power_over_EU_Trade_policy

[v]  WWF Response to “EU Trading Partners” statement, 9 June 2006, Brussels

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