[CIFS] Grèce

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Thu May 24 16:51:57 CEST 2012


Un point de vue sur la Grèce paru dans lemondefr

Le peuple grec a commencé à reprendre son destin en main
Fondation Copernic | 24.05.2012 à 10h21 • Mis à jour le 24.05.2012 à  
10h21



  Par Pierre Khalfa, coprésident de la Fondation Copernic



Il y a 2 500 ans, les Grecs ont fait franchir à l'humanité, du moins  
en Occident, un pas considérable dans la voie de l'émancipation. Pour  
la première fois, des êtres humains affirment que les lois qui les  
gouvernent sont issues, non d'une source extérieure (Dieu, les dieux,  
les ancêtres, la tradition), mais d'eux-mêmes, et qu'ils peuvent être  
à l'origine des lois qui les gouvernent. Ils découvrent donc que,  
loin d'être intangibles, les lois peuvent être changées, mieux même,  
qu'ils peuvent les changer. De cette affirmation fondamentale, allait  
naître l'idée de démocratie et la philosophie. Héraclite est ainsi le  
premier philosophe retenu par l'histoire à affirmer la capacité  
universelle de tous les êtres humains d'accéder à la vérité et  
Protagoras, qui vécut à l'apogée de la démocratie athénienne, en  
fonde intellectuellement la légitimité : il n'y a pas de science en  
politique et tout être humain peut, face aux experts, trancher les  
questions proprement politiques.

En quoi ce rappel nous est-il utile pour comprendre ce qui se joue  
actuellement en Grèce ? Lors des dernières élections législatives, le  
peuple grec a rejeté le Mémorandum, c'est-à-dire les orientations  
imposées par la "Troïka", Commission européenne, Banque centrale  
européenne (BCE) et Fonds monétaire international (FMI). Ces  
orientations sont non seulement socialement destructrices, la société  
grecque se décompose chaque jour davantage, mais elles sont  
économiquement absurdes. Année après année, la récession  
s'approfondit faisant s'accroître dette et déficit public que les  
politiques d'austérité de la Troïka étaient censées réduire. Avec ce  
vote, les Grecs sont en train de mettre de nouveau en œuvre ce que  
leurs ancêtres avaient découvert : face à ce qui était présenté comme  
inexorable, ils ont décidé par eux-mêmes. Le peuple grec a commencé à  
reprendre son destin en main.

Jadis, Xerxès, roi des Perses, avait voulu punir les Grecs de leur  
insolence pour s'être révoltés contre sa domination. Aujourd'hui, la  
réaction de la plupart des dirigeants européens le rappelle  
étrangement. Des mesures de rétorsion ont immédiatement suivi le  
résultat des élections. Le FMI a remis à plus tard une nouvelle  
tranche de prêt à la Grèce, d'un montant de 1,6 milliard d'euros, qui  
devait être versée fin mai et l'agence de notation Fitch a abaissé  
les notes de long terme de la dette d'Athènes. L'annonce de nouvelles  
élections législatives pour le 17 juin a suscité des déclarations  
menaçantes. Le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, a  
ainsi déclaré à propos du Mémorandum : "C'est un programme d'aide  
préparé de façon très minutieuse, et on ne peut pas le renégocier."  
La directrice générale du FMI, Christine Lagarde a renchéri : "Si les  
engagements n'étaient pas tenus, il y a des révisions appropriées à  
faire."

Le résultat des élections législatives du 17 juin sera donc décisif.  
Evidemment d'abord pour les Grecs eux-mêmes. Pour la première fois,  
une alternative politique réelle peut voir le jour dans une Grèce  
dominée historiquement par une alternance entre deux partis jumeaux,  
la Nouvelle démocratie et le Pasok, qui tous deux, ont accepté le  
diktat de la Troïka. Cette alternative est portée par Syrisa,  
formation de gauche, ne voulant pas sortir de l'euro, diabolisée car  
refusant les combines post-élections et les ultimatums visant à faire  
accepter la paupérisation dramatique de la population grecque. Cette  
paupérisation et la décomposition de la société grecque ont  
d'ailleurs eu un effet redoutable, la percée électorale d'un  
groupuscule néonazi. Pour les Grecs, le choix se fera entre  
l'aggravation de la situation actuelle avec en ligne de mire une  
poursuite possible de la montée des néonazis et la rupture avec le  
néolibéralisme prônée par Syrisa.

Mais le résultat des élections grecques sera également décisif pour  
les peuples d'Europe. Si les Grecs choisissent de refuser le sort que  
les dirigeants européens et le FMI leur ont concocté, c'est tout  
l'édifice de l'austérité en Europe qui sera mis à mal. "Changement en  
Grèce, message à l'Europe toute entière", tel était le slogan de  
campagne de Syriza. Car la Grèce n'est que l'exemple le plus avancé  
d'une politique de saignée qui est aujourd'hui mis en oeuvre dans la  
plupart des pays européens. L'Europe s'enfonce doucement dans la  
récession. La pauvreté, la précarité et le chômage continuent partout  
de progresser.

L'invocation rituelle de la croissance ne peut être la réponse  
appropriée alors même que les politiques d'austérité ne sont  
nullement remises en cause. Ce n'est pas, au mieux, l'emploi des  
fonds structurels européens non utilisés et un accroissement limité  
des capacités de la Banque européenne d'investissement qui  
permettront de répondre aux besoins sociaux immenses et au défi de la  
transition écologique. Au pire, sous le vocable de croissance, se  
cache la volonté d'imposer des "réformes structurelles" visant à  
parachever la domination néolibérale. C'est dire que la rupture de la  
Grèce avec les politiques néolibérales aurait un impact qui  
dépasserait très largement ce pays. Comme il y a 2 500 ans, les Grecs  
ont une nouvelle bataille de Salamine devant eux, mais l'ennemi n'est  
plus à l'extérieur de l'Europe, mais en Europe même, car ce sont les  
classes dirigeantes européennes qu'il faut vaincre.

Pierre Khalfa, coprésident de la Fondation Copernic





Pierre Khalfa
+33 (0)6 87 76 28 56




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