[CIFS] Fwd: L’altermondialisme : essoufflement, ou reconfiguration ? Réponse à Eddy Fougier
Maxime Combes
maxime.combes at gmail.com
Wed Mar 26 23:19:04 CET 2008
Une réponse à E. Fougier dont une interview avait circulé sur cette liste.
Maxime Combes
---------- Forwarded message ----------
From: Julien Lusson <julien at reseau-ipam.org>
Date: 26 mars 2008 22:15
Subject: [Lagac] L'altermondialisme : essoufflement, ou reconfiguration
? Réponse à Eddy Fougier
L'altermondialisme : essoufflement, ou reconfiguration ?
Réponse à Eddy Fougier
par Geoffrey Pleyers
http://www.laviedesidees.fr/L-altermondialisme-essoufflement.html
Si nous voulons comprendre la condition actuelle de l'altermondialisme, nous
devons nous intéresser à ce qui se passe au-delà de l'Hexagone. C'est ce
qu'affirme Geoffrey Pleyers, pour qui le récent article d'Eddy Fougier
témoigne d'une approche étroitement franco-française d'un phénomène mondial.
Depuis quelques années, certains des acteurs et événements qui ont le plus
fortement incarné les aspirations altermondialistes sont en difficulté.
C'est tout particulièrement le cas en France mais aussi en Italie ou en
Catalogne, alors que ce furent là trois des foyers qui ont donné son
dynamisme à l'altermondialisme entre 1997 et 2004. Les grands événements qui
ont propulsé l'altermondialisme à la une de la presse, et en particulier les
Forums Sociaux Mondiaux et les contre-sommets internationaux, ne bénéficient
désormais plus de l'attrait de la nouveauté et ont au contraire à gérer les
aléas d'une phase plus routinière du mouvement. Certaines querelles
internes, les débats sur l'orientation politique du mouvement, un moindre
intérêt médiatique et le bilan en demi-teinte quelques événements furent
autant d'éléments qui ont poussé de nombreux observateurs à proclamer le
déclin ou la fin du mouvement altermondialiste.
Dans un article récent, Eddy Fougier met cet essoufflement en perspective en
analysant certaines causes de la moindre visibilité de ce mouvement dans les
médias, et en revenant sur le débat autour de la conception de
l'altermondialisme entre, d'une part, deux intellectuels militants
brésiliens qui défendent l'idée des Forums Sociaux comme des « espaces
ouverts de débat » [1] et d'autre part Bernard Cassen, favorable à un
rapprochement avec certains acteurs politiques. Le politologue revient ainsi
longuement sur deux initiatives auxquelles le leader déchu d'ATTAC-France
fut étroitement associé : un manifeste « pour un socialisme du 21ème siècle
» et une réunion parisienne de quelques intellectuels. Ce tour d'horizon
très sélectif semble ne faire que renforcer une vision de l'état actuel du
mouvement altermondialiste qu'Eddy Fougier caractérise par « l'impuissance
et la marginalisation ». Mais l'analyse des événements, acteurs et médias
français suffit-elle à décréter l'impuissance et la marginalisation d'un
mouvement présent dans de nombreuses régions du monde ? Bernard Cassen,
discrédité au niveau international depuis la fraude électorale de la mi-2006
au sein d'ATTAC-France [2], demeure-t-il un référant si central de
l'altermondialisme, au point que l'évolution du mouvement puisse encore être
analysée à l'aune de son discours et de ses initiatives ? Peut-on discuter
l'essoufflement de l'altermondialisme sans même mentionner les mobilisations
contre le G8 dans le Nord de l'Allemagne, le premier Forum Social des
Etats-Unis ou le premier Forum Social congolais, trois événements qui se
sont tenus au seul mois de juin 2007 ?
Le débat autour de l'hypothèse d'un déclin de l'altermondialisme doit être
mené avec d'autant plus de rigueur et de prudence que, comme le souligne
d'ailleurs Eddy Fougier, différents courants altermondialistes se sont
emparés de l'idée de l'essoufflement de l'altermondialisme afin d'y appuyer
le projet politique qu'elle aimerait voir emprunter le mouvement. Après
avoir contesté la sélection des matériaux sur lesquels Eddy Fougier base son
analyse, nous passerons ainsi en revue quelques événements qui ont marqué le
mouvement altermondialiste au cours des derniers mois. Cela nous conduira à
nuancer l'hypothèse d'un déclin de l'altermondialisme et à poser quelques
éléments qui caractérisent l'évolution récente du mouvement.
Le choix des sources
La sélection des sources oriente fortement l'analyse et peut représenter un
véritable biais. Il s'avère important de revenir sur les choix
méthodologiques opérés par Eddy Fougier et de nombreux analystes du
mouvement altermondialiste qui se placent dans un cadre résolument national
et puise l'essentiel de leur matériel empirique dans des articles de la
presse française et dans les discours de quelques leaders altermondialistes.
Le caractère global du mouvement altermondialiste constitue l'une de ses
caractéristiques essentielles. Cela ne signifie pas qu'il soit déconnecté de
la scène nationale [3], ni qu'il soit présent avec la même force dans toutes
les régions du monde. Mais on ne peut comprendre cet acteur et son évolution
uniquement sur une base nationale. Ces limites du nationalisme
méthodologique ont été mises en évidence par d'innombrables contributions au
débat sur la reconfiguration des sciences sociales [4] et sont plus fortes
encore dans un mouvement résolument international tel que l'altermondialisme
[5]. Si plusieurs éléments invitent à considérer un essoufflement de
certains acteurs altermondialistes en France, on ne peut y résumer l'état de
l'altermondialisme international. Un second biais important vient du choix
des matériaux empiriques. Eddy Fougier appuie son analyse sur deux sources
principales : la presse française (Politis, l'AFP, Le Figaro, le
NouvelObs.com et cinq fois Libération) et des interviews et rencontres
autour de Bernard Cassen, ces deux sources étant par ailleurs souvent liées.
Le choix de ces deux seules sources d'information oriente considérablement
la perception du mouvement altermondialiste. Confirmant les résultats de
plusieurs études antérieures, Daniel Myers et Beth Schaefer Caniglia [6] ont
ainsi mis en évidence les effets de sélections induits par les articles de
presse. Ils montrent par exemple que les analyses de mobilisations sociales
sont très différentes suivant que l'on se fonde sur des journaux nationaux
ou que l'on choisit les journaux locaux. De plus, selon ces auteurs, le
choix des mass media comme source d'information « produit inévitablement une
image simplifiée, déformée et incomplète » de la réalité. Les biais qui
conduisent à négliger certains événements proviennent notamment de
caractéristiques qui rendent l'événement intéressant pour la presse (son
intensité ou la notoriété de l'acteur), des éléments contextuels qui
augmentent les difficultés du reportage journalistique (comme la distance à
parcourir depuis la capitale) ou les cycles d'attention [7] qui reflètent
des demandes changeantes de l'audience. Le choix des articles de presse
comme source majeure conduit également à privilégier les points de vue de
leaders médiatiques du mouvement, même lorsque ceux-ci ne sont plus
forcément suivis par la base. Or, on ne peut comprendre l'altermondialisme
sans prendre en compte l'écart qui sépare la plupart des militants de base
de groupes d'affinités globaux de leaders et d'intellectuels militants
cosmopolites très mobiles [8]. Ceux-ci ont eu une influence considérable sur
certaines initiatives de premier plan du mouvement international et en
particulier sur le Forum Social Mondial. Avec la multiplication des réunions
internationales liées aux Forums Sociaux et à l'extension de
l'altermondialisme, ces leaders en sont venus à passer bien plus de temps
avec leurs homologues internationaux qu'avec les bases de leurs mouvements.
En fait, beaucoup de membres du Conseil International du FSM ne sont même
plus directement connectés à un « mouvement de masse » et ne représentent
souvent que les quelques personnes que compte leur centre de recherche
militant. Comme dans d'autres instances de la société civile internationale,
beaucoup de leaders altermondialistes n'ont ainsi de compte à rendre à
personne [9]. Cette séparation de mouvements plus amples peut rapidement
mener à des situations où, pour paraphraser Charles Tilly [10], quelques
leaders cosmopolites « se présentent comme parlant au nom « du peuple » [ou
du mouvement] sans créer ni des racines dans des mouvements locaux ni les
moyens qui permettraient aux gens du peuple [ou des mouvements] de parler à
travers eux ». Les pratiques d'avant-gardes ne sont dès lors souvent pas
très éloignées. En 2005, 19 intellectuels ont par exemple signé un «
Manifeste de Porto Alegre » présenté dans un palace de la ville plutôt qu'au
sein du Forum qui y rassemblait 180.000 personnes. Cependant, comme le
montrera l'analyse d'une série d'événements altermondialistes récents, le
mouvement ne s'est jamais limité à ces leaders qui semblent plutôt avoir
perdu de l'influence au cours des dernières années.
Le choix des articles de presse comme source principale conduit par ailleurs
à privilégier les manifestations les plus politiques du mouvement. Or, le
mouvement altermondialiste possède également une importante dimension
culturelle [11]. De nombreux militants altermondialistes entendent ainsi
défendre la particularité et l'autonomie de leur expérience vécue, de leur
créativité et de leur subjectivité contre l'utilitarisme des marchés et
contre une mondialisation néolibérale qui « détruit les identités, les
particularités, les mémoires, les savoir-faire, les saveurs [12] ». Plutôt
que dans des espaces médiatisés, c'est dans le quotidien que surgit et
s'exprime leurs mouvements. Le proche et le local sont essentiels dans cette
conception qui table sur la transformation du monde par une multitude
d'alternatives centrées sur la participation, la vie quotidienne, les
mouvements locaux et le changement de soi-même. En dehors de quelques coups
d'éclat, ces acteurs restent largement invisibles pour la presse nationale.
Ils constituent pourtant une composante essentielle et souvent innovante de
l'altermondialisme.
Les choix méthodologiques centrés sur le cadre national français, l'analyse
d'articles de presse, la surreprésentation d'événements ayant lieu dans la
capitale et une place centrale accordée aux leaders (ou anciens leaders) du
mouvement engendrent ainsi d'importants biais et structurent profondément la
perception de l'altermondialisme. On peut par exemple s'interroger sur le
poids réel de la réunion de quelques intellectuels altermondialistes à Paris
le 26 janvier 2008 sur laquelle Eddy Fougier revient largement, alors que ce
même jour, des actions étaient organisées dans plus de 800 villes et dans 90
pays à l'occasion d'une « journée d'action globale ». Dépasser ces biais et
le « cycle d'attention médiatique » qui affecte la perception de
l'altermondialisme requiert de compléter ces données par des études
ethnographiques menées dans différentes régions du monde.
Revenons aux faits
S'engager dans le débat sur un essoufflement de l'altermondialisme sans
tomber dans les travers de querelles politiques des leaders et intellectuels
organiques du mouvement exige de s'appuyer davantage sur les faits qui ont
marqué le mouvement au cours des derniers mois. Dans les limites de cet
article, nous reviendrons ainsi sur les événements altermondialistes du mois
de juin 2007 et sur la récente journée d'action globale qui tint lieu de
Forum Social Mondial 2008 afin d'esquisser quelques tendances du mouvement
actuel. Ces analyses s'appuieront sur les observations directes de deux de
ces mobilisations [13] ainsi que sur des entretiens, des comptes-rendus
rédigés par des participants et des articles de presse.
Les trois principaux événements altermondialistes du mois de juin 2007 se
sont tenus sur trois continents. Début juin 2007, la semaine de mobilisation
autour du G8 dans le Nord-Est de l'Allemagne a donné aux altermondialistes
une visibilité sans précédent dans l´opinion publique et les médias
allemands. 75.000 personnes ont défilé dans les rues de Rostock, ce qui
représente la plus importante mobilisation altermondialiste jamais réalisée
en Allemagne. Des activistes de tendances très diverses y ont pris part, des
punks à Pax Christi, en passant par les jeunes socialistes, les protestants
progressistes ou des réseaux contre-culturels. Les trois principaux
campements y ont accueilli une dizaine de milliers de jeunes activistes et
se voulaient à la fois des bases pour mener les actions, des espaces de
rencontre et de débats et des lieux d'expérimentation d'alternatives
concrètes et autogérées. Le point d'orgue de cette semaine de mobilisation
fut pour beaucoup le blocage de toutes les routes menant à la station
balnéaire où se réunissait le G8. Cette mobilisation internationale fut
l'occasion de rencontres et d'échanges à travers lesquels les expériences et
les savoir-faire allemands et internationaux ont été partagés. Ce fut par
ailleurs une opportunité de mettre en lumière le succès croissant que semble
remporter l'altermondialisme outre-Rhin. ATTAC-Allemagne a ainsi franchi la
barre des 19.000 membres fin 2007, bien davantage que sa voisine française.
L'association a privilégié une démarche citoyenne et collégiale plutôt que
l'organisation du mouvement autour de leaders. En novembre, plusieurs des
principaux fondateurs de l'association se sont ainsi retirés du groupe de
coordination, laissant la place à une nouvelle génération dans un comité
national qui compte désormais davantage de jeunes (dont deux militants de 24
et 26 ans), de femmes et d'écologistes.
Trois semaines après les mobilisations contre le G8 se tenait à Kinshasa le
premier Forum Social de la République Démocratique du Congo. Il a réuni
1.500 acteurs de la société civile venus de toutes les provinces du pays qui
y ont notamment discuté de la répartition des richesses, de l'exploitation
des ressources naturelles par des compagnies multinationales, de la
consolidation de la vie démocratique et de la société civile locale. Ce
forum illustre la pénétration du processus des Forums Sociaux en Afrique. Ce
continent a organisé le plus grand nombre de Forums Sociaux nationaux en
2006 et en 2007, suscitant un élan important dans des pays comme la Tanzanie
et l'Ouganda ou dans la région du Maghreb.
Du 27 juin au 1er juillet, le premier Forum Social des Etats-Unis [14] était
organisé à Atlanta. Il y a rassemblé 10.000 participants dont de nombreux
jeunes et représentants des minorités ethniques ainsi que des activistes de
différentes tendances sociales et politiques (ONG, mouvements locaux, gauche
alternative, …). Pendant cinq jours, ils ont discuté de la guerre et de la
répression, de l'environnement, des luttes des migrants, des femmes, des
indigènes, des travailleurs ou des survivants de l'ouragan Katrina. Le forum
a favorisé les convergences au sein des mouvements américains et la création
d'espaces de démocratie participative en amenant l'esprit et les expériences
des Forums Sociaux Mondiaux aux Etats-Unis. La forte participation
américaine à Nairobi en janvier 2007 avait déjà témoigné d'un intérêt
croissant du pays pour les forums altermondialistes. Celui-ci fut confirmé
lors de la journée d'action globale du 26 janvier 2008 qui, sans entraîner
de mobilisations massives, fut néanmoins bien plus suivie dans les villes
américaines que dans les autres pays occidentaux.
Actions décentralisées pour le Forum Social 2008
Du 19 au 26 janvier 2008, le Forum Social Mondial a laissé place à une «
semaine d'action globale » au cours de laquelle plus de 800 actions,
manifestations ou conférences ont été organisées dans 90 pays. Des
événements d'ampleur variée ont eu lieu dans près d'une cinquantaine de
villes du Brésil, rassemblant plusieurs dizaine de milliers de manifestants
et démontrant que le pays hôte du FSM 2009 a gardé son enthousiasme pour le
processus des forums. La surprise est surtout venue de Mexico où l'occasion
fut saisie pour organiser un Forum Social national et lancer une nouvelle
dynamique altermondialiste, jusque là inexistante dans les villes du pays.
Près de 7.000 personnes ont pris part à quelques-unes des conférences
organisées pendant quatre jours dans huit chapiteaux dressés sur la place
centrale de Mexico. Six thématiques sont particulièrement ressorties : la
défense de l'agriculture nationale, l'écologie, l'autonomie des peuples
indigènes, l'économie solidaire, les médias et la répression des mouvements
sociaux. Une dynamique semblable fut à l'œuvre au Maroc où 1.200 Marocains
et plus d'une centaine de participants venus du Maghreb, d'Afrique
Subsaharienne, d'Europe et du Canada se sont rassemblé du 25 au 27 janvier.
La participation des jeunes et des femmes fut particulièrement importante au
cours de cette réunion dont les thèmes principaux furent la condition des
migrants, les droits humains, la défense de l'enseignement public ou le
renforcement d'une dynamique sociale maghrébine sur la base du processus des
Forums Sociaux.
En Europe occidentale, en Inde et en Afrique subsaharienne, cette journée
d'action fut marquée par des événements généralement restreints et
clairsemés. En France, elle est quasiment passée inaperçue. Quelques
conférences ont été organisées et un millier de personnes ont défilé pour
l'occasion dans l'Est parisien. Ils étaient un peu plus d'un millier à
Bruxelles où les syndicats et des réseaux de jeunes activistes se sont
impliqués dans des actions diverses : parade festive, conférences, concerts,
actions spectaculaire à la bourse et visite guidée alternative de la
capitale européenne. Plusieurs forums locaux avaient été organisés dans les
villes du pays au cours de la semaine précédente, attirant elles aussi un
millier de sympathisants de la cause altermondialiste. En Inde, quelques
manifestations furent organisées dans les grandes villes du pays (comme
celle qui a réuni 500 personnes à Mumbai) mais cette mobilisation globale
fut également l'occasion de centaines de réunions dans des villages du
sous-continent, à l'initiative de mouvements paysans.
Aucune actualité urgente autre que la tenue du Forum Economique Mondial à
Davos ne motivait et ne reliait ces actions décentralisées. Le pari était
donc risqué. Le bilan global de cette semaine de mobilisation est d'ailleurs
en demi-teinte. Des centaines d'actions furent organisées mais elles n'ont
que rarement dépassé le cercle des militants convaincus et ne sont guère
parvenues à retenir l'attention des médias. Les mobilisations de janvier
2008 confirment cependant l'un des grands enseignements de 2007 : le
mouvement altermondialiste est aujourd'hui bien moins dynamique dans
quelques-uns de ses fiefs historiques, mais il continue de toucher de
nouveaux territoires qui pourraient constituer les pôles d'une nouvelle
dynamique du mouvement.
Ce bref tour d'horizon d'événements qui ont marqué l'altermondialisme depuis
janvier 2007 prouvent, si besoin en était, qu'il continue à se passer des
choses sur la planète Alter et que, si des pratiques questionnables ou peu
novatrices ont parfois resurgi avec forces, le mouvement ne s'y est jusqu'à
présent jamais réduit. Sans que les éléments rassemblés soient suffisant
pour écarter complètement l'hypothèse d'un déclin de l'altermondialisme, ils
invitent indéniablement à la nuancer.
Essoufflement ou reconfigurations ?
Le mouvement altermondialiste a émergé il y a à peine plus d'une décennie,
mais a déjà souvent été présenté comme essoufflé, voire enterré. Ce fut
particulièrement le cas après le 11 septembre 2001 [15]. Le développement du
mouvement et les grands succès de certains de ses rassemblements après cet
important changement conjoncturel ont attesté d'une inscription de cet
acteur dans le paysage sociopolitique à moyen et peut-être long terme. Cela
n'a pas empêché d'autres proclamations du déclin du mouvement qui se sont
d'ailleurs faites plus persistantes depuis début 2007. Comme le souligne
Eddy Fougier dans les dernières lignes de son article, le mouvement a
pourtant jusqu'à présent chaque fois fait preuve d'une grande capacité à
rebondir. Il l'a cependant souvent fait sous des formes peu attendues par
les journalistes, analystes et leaders organisationnels du mouvement. Le
mouvement altermondialiste semblait en déclin en France depuis 2001, et
pourtant plus de 300.000 personnes se sont rassemblées dans le Larzac en
août 2003 pour échanger pratiques et expériences. Il semblait l'être au
niveau international en 2004, notamment après le Forum Social Européen de
Londres, mais quelques semaines plus tard, en janvier 2005, le cinquième FSM
devint l'un de ses plus beaux succès sur la base d'une plus grande
décentralisation et d'une moindre influence des leaders charismatiques. La
succession rapide de ces deux événements invite à la plus grande prudence
dans le diagnostic d'un déclin ou d'un essor de l'altermondialisme qui ne
pourrait refléter la complexité d'un acteur organisé en réseau et actif
simultanément à différents niveaux.
Il convient donc de s'interroger à présent sur ces évolutions récentes du
mouvement altermondialiste. La multiplication des références à un déclin du
mouvement altermondialiste pourrait ainsi refléter une reconfiguration du
mouvement qui semble en cours à trois niveaux : ses bases géographiques ; un
recentrage des activités de certains réseaux au niveau local ou dans
l'élaboration d'une expertise ; une nouvelle relance du débat sur
l'orientation politique du mouvement.
De nouveaux pôles émergent
Nombre d'analystes demeurent basés sur la géographie de l'altermondialisme à
ses débuts. Mais dans nombre de pays qui ont compté au cours de ses
premières années, le mouvement fait face aux revers d'une
institutionnalisation problématique de certaines de ses organisations et aux
luttes de leaders historiques et parfois déchus. L'époque semble loin où les
altermondialistes français étaient devenus le modèle à suivre et donnait «
de l'espoir et des ailes aux mouvements sociaux [16] » d'autres pays et
d'autres continents. Les Italiens ont donné beaucoup d'énergie au mouvement
international à partir de 2000, notamment avec le grand succès du Forum
Social Européen de Florence en 2002. Mais là aussi l'altermondialisme semble
ankylosé. Par contre, les dernières années ont montré un élargissement de la
base géographique du mouvement, autrefois uniquement centré sur quelques
pays d'Europe Occidentale et d'Amérique Latine. Le déplacement du Forum
Social Mondial en Inde en 2004 a favorisé l'émergence de nouvelles
dynamiques dans ce pays et a renforcé certaines problématiques dans le
mouvement international. L'Allemagne pourrait constituer un autre pôle d'une
nouvelle dynamique altermondialiste. L'enthousiasme rafraichissant des
activistes lors des mobilisations contre le G8, la qualité de l'organisation
et celle de certains intellectuels ainsi que la grande expérience des
activistes allemands en matière d'action non-violente ont montré que les
altermondialistes allemands ont beaucoup à apporter au mouvement
international auquel ils n'ont jusqu'à présent contribué que de manière
relativement limitée. Les Etats-Unis et plusieurs pays d'Afrique se sont
lancés avec beaucoup d'entrain dans le processus des Forums Sociaux. Le
Costa Rica, la Corée du Sud et l'Afrique du Sud [17] comptent un nombre
toujours plus important d'acteurs contestataires, notamment contre les
privatisations.
Certes, comme le souligne Eddy Fougier, cet élargissement géographique a
pour contrepartie une plus grande hétérogénéité, engendre des problèmes de
coordination et des difficultés pour déterminer des lignes communes [18].
Mais ce déplacement géographique permet également d'insuffler de nouvelles
énergies au mouvement et de régénérer ses forces novatrices.
L'altermondialisme et la dynamique des Forums Sociaux touchent ainsi de
nouveaux territoires d'où les activistes amènent d'autres expériences,
d'autres cultures, d'autres luttes et d'autres pratiques alternatives qui
pourraient renouveler le dynamisme du mouvement.
Certains terrains dans lesquels l'altermondialisme a commencé à s'implanter
récemment semblent par ailleurs particulièrement stratégiques, comme c'est
le cas des Etats-Unis, mais aussi de pays émergents profondément transformés
par la mondialisation comme l'Inde ou le Mexique. Par ailleurs, on a
longtemps reproché à l'altermondialisme d'être incapables de s'implanter en
Afrique alors même que le continent était qualifié de « plus grande victime
de la mondialisation néolibérale ». La multiplication des Forums Sociaux
tant au Nord qu'au Sud du Sahara revêt donc un grand intérêt. La dynamique
en cours dans le Maghreb offre de plus une opportunité d'intégrer certaines
problématiques arabes et musulmanes jusqu'à présent abordées de manière très
superficielles dans le mouvement altermondialiste.
Au cours des dernières années, l'altermondialisme fut encore capable
d'attirer de nouveaux acteurs et de s'implanter dans de nouvelles régions.
Plus de soixante Forums Sociaux nationaux ou régionaux se sont ainsi tenu
depuis janvier 2006. Alors que certains militants s'essoufflent, le
mouvement attire de nouvelles recrues lors de chaque forum. Plus de la
moitié des militants présents au Forum Social de Belgique du 16 décembre
2006 participaient ainsi à leur premier Forum Social [19].
Plus loin des flashs et des caméras
A côté de l'essoufflement de l'altermondialisme dans certaines régions, un
processus de routinisation du mouvement et un recentrage de certains réseaux
altermondialistes sur des activités plus locales ou plus techniques
contribuent également à une diminution de l'attention médiatique accordée au
mouvement. Après les spectaculaires mobilisations contre les réunions de
l'OMC ou du G8 et le succès des Forums Sociaux Mondiaux, une partie
importante de l'activité des altermondialistes se poursuit désormais plus
loin des caméras et des flashs des médias. Certains mouvements ont choisi de
se recentrer sur une dynamique locale à travers laquelle ils entendent
proposer des alternatives concrètes et quotidiennes au néolibéralisme. C'est
le cas des zapatistes qui poursuivent la construction de leur autonomie
locale [20] mais aussi de nombreux centres culturels et sociaux, groupes de
consommation alternative ou militants prônant un mode de vie plus solidaire
et moins vorace en ressources naturelles. Ces espaces alternatifs se
prolongent dans la durée et se multiplient en Europe Occidentale ou en
Amérique du Nord, sans pour autant susciter l'attention des médias. De même,
le mouvement étant structuré en réseaux décentralisés, l'autonomie relative
des acteurs locaux leur permet parfois de se développer alors même que les
rassemblements internationaux qui les avaient inspirés semblent moins
dynamiques.
Ailleurs, des réseaux d'experts et de citoyens altermondialistes affinent
leurs analyses des mesures économiques néolibérales, construisent des
réseaux et résistent aux privatisations. Ils réfléchissent également à un
fonctionnement plus démocratique et plus efficace des coordinations
altermondialistes. Entre l'automne 2006 et le printemps 2007, des militants
européens se sont par exemple réunis pour discuter et repenser le
fonctionnement du réseau altermondialiste construit autour des Forums
Sociaux Européens. Chaque groupe de travail thématique en a présenté un
bilan lors de l'assemblée européenne de Lisbonne en avril 2007. Comme
l'indique Eddy Fougier, de tels réseaux moins hiérarchiques et sans leaders
se prêtent moins à la médiatisation que les organisations formalisées [21].
Ils renvoient cependant davantage à une transformation de l'altermondialisme
qu'à un déclin.
Entre espaces de débat et pratiques politiques
Au cours des dernières années, le mouvement altermondialiste a subi les
critiques de fronts très divers, voire opposés. Des courants libertaires et
moins institutionnalisés se sont constamment opposés aux altermondialistes
et à leurs forums qu'ils considéraient comme des événements très
hiérarchisés et à la solde de quelques élites dominantes [22]. D'autres
estiment au contraire que le mouvement devrait se structurer davantage et de
se rapprocher de certains acteurs politiques. Cette tendance s'est renforcée
en dénonçant une inefficacité du mouvement et des Forums Sociaux et en
soulignant la nécessaire transcription de leurs idéaux dans des programmes
politiques. Le débat autour du déclin de l'altermondialisme doit ainsi être
recadré dans celui qui concerne l'orientation politique du mouvement.
Eddy Fougier voit dans la rupture du « consensus altermondialiste » autour
d'une certaine autonomie du mouvement à l'égard des acteurs politiques l'un
des principaux soubassements du sentiment actuel d'essoufflement de
mouvement. Pourtant, le débat sur la relation du mouvement altermondialiste
aux partis politiques fut présent dès les origines du mouvement et ne l'a
jamais vraiment quitté. La place que devait prendre Lula ou le Parti des
Travailleurs au sein du FSM fut ainsi l'objet d'innombrables discussions dès
le premier Forum. Le mouvement altermondialiste a toujours été animé par des
tensions et des débats entre une tendance centrée sur l'autonomie et
l'ouverture du mouvement et une autre plus prompte à s'allier avec des
acteurs politiques. La première tendance estime que les Forums Sociaux
doivent rester des espaces ouverts à une multiplicité d'acteurs et dans
lesquels des militants peuvent se réunir pour adopter des déclarations ou
organiser des actions mais que cela ne peut être le fait des forums sociaux
eux-mêmes. L'autre courant pense au contraire que le passage dans l'arène
électorale sera nécessaire pour changer les choses. Certains leaders du FSM
sont ainsi prêts à suivre les recommandations formulées par Hugo Chavez
lorsque le forum était venu lui rendre visite à Caracas en janvier 2006 : «
Nous devons adopter une stratégie de 'contre-pouvoir'. Nous, les mouvements
sociaux et les mouvements politiques, devons occuper des espaces de pouvoir
au niveau local, national et régional ».
Toujours présente et souvent très visible dans les médias, cette tendance
plus politique ne l'a cependant pas emporté. En France, l'engagement de
leaders altermondialistes dans la sphère politique n'a guère été soutenu par
les bases et a d'ailleurs mené à des échecs électoraux, comme ceux de la
liste « 100% altermondialiste » appuyée par Bernard Cassen lors des
élections régionales de 2003 ou de la candidature de José Bové aux élections
présidentielles de 2007. En Angleterre, le prosélytisme forcené de partis
d'extrême-gauche au Forum Social Européen de Londres a suscité de vives
protestations au sein du mouvement altermondialiste et beaucoup lui ont
imputé l'échec de ce forum. Si ces protagonistes politiques partagent
quelques objectifs et certains idéaux avec les altermondialistes, il s'agit
de distinguer une logique qui s'inscrit dans le champ de la politique
électorale et institutionnelle de celle, plus spécifique au mouvement
altermondialiste, qui promeut une participation des citoyens aux débats
publics en dehors des partis politiques et en complémentarité avec les
mécanismes et les acteurs de la démocratie représentative.
Pour des raisons historiques et de culture politique, les militants
latino-américains et indiens tendent à être plus proches des partis
politiques que leurs homologues occidentaux. Cependant, sur ces continents
également, l'altermondialisme a multiplié les voix prônant une distance
critique aux acteurs politiques, comme en ont témoigné certains discours
zapatistes ou une évolution des discours au sein de la mouvance
altermondialiste indienne [23]. Un contre-forum critique et autonome fut
également organisé en marge de l'événement du Forum Social Mondial à Caracas
en 2006. Le forum de Nairobi en janvier a également été marqué par une forte
réaffirmation de cette indépendance politique du forum, conçu comme un
espace ouvert de rencontre plutôt que comme un acteur politique. Il existe
par ailleurs un réel embarra au sein des mouvements sociaux face aux
gouvernements de gauche dans plusieurs pays latino-américain [24]. Les
mouvements indigènes équatoriens ont rapidement déchanté une fois L.
Gutierrez parvenu au pouvoir et le mouvement des paysans sans-terre a pris
ses distances avec le gouvernement de Lula qu'il avait pourtant soutenu.
Dans cette perspective, une série d'initiatives menées par un réseau
d'intellectuels altermondialistes prônant un altermondialisme plus politique
ou une vision « post-altermondialiste » mérite d'être discutée plus
amplement que ne le permet cet article. Certaines positions qualifiées par
leurs auteurs de post-altermondialistes rappelleront à certains égards des
arguments et des pratiques pré-altermondialistes, notamment du côté des
souverainistes, de l'anti-impérialisme ou de certaines théories de la
dépendance de la fin des années 1970. C'est à partir d'un retour à ces
luttes que certaines tentatives entendent dépasser certaines limites
structurelles de l'altermondialisme et les tensions internes qui animent ce
mouvement. Le titre même donné au réseau sur lequel revient Eddy Fougier («
Mémoire de lutte ») semble d'ailleurs orienter davantage le mouvement vers
le passé que vers le XXIème siècle. L'hypothèse d'un retour à des positions
pré-altermondialistes mérite en tout cas d'être discutée.
Conclusion
Si le mouvement altermondialiste n'est probablement pas dans sa phase la
plus dynamique, plusieurs raisons invitent à ne pas précipiter l'annonce de
sa mort. Il est incontestable que certains acteurs qui ont fortement incarné
l'altermondialisme en France peinent aujourd'hui à se relever de leurs
récents déboires. Mais le fait qu'une association comme ATTAC continue de
croître en Allemagne, que l'altermondialisme s'implantent dans de nouvelles
régions ou qu'il est difficile de saisir l'ampleur et l'impact d'acteurs
locaux ou plus culturels qui animent également ce mouvement nous incite à
penser qu'il faudra probablement davantage de recul historique pour
confirmer ou infirmer l'hypothèse d'un déclin actuel du mouvement
altermondialiste.
Se prononcer trop rapidement sur un déclin global du mouvement reviendrait à
oublier que l'altermondialisme est porté à différents degrés par des acteurs
variés et qui se développent dans des contextes bien différents. Cela
reviendrait surtout à oublier que, davantage que dans les acteurs ou les
forums sociaux, c'est dans les idées qu'il a portées et dans les enjeux
sociétaux qu'il a pointés que réside l'altermondialisme. Ceux qui l'ont
identifié avec certains personnages ou partis politiques en reviendront
immanquablement déçus, comme ce fut le cas de plusieurs mouvements
latino-américains. Ceux qui ont trop directement identifié le mouvement à
l'une ou l'autre organisation (comme ATTAC-France) ou à quelques leaders
intellectuels verront le mouvement décliner avec les déboires de ces
acteurs. Par contre, les significations centrales qui sont ou ont été
portées par les acteurs de l'altermondialisme demeurent d'une grande
actualité. Le mouvement altermondialiste a fait émerger un débat autour de
thèmes souvent peu discutés, notamment dans le domaine économique, et dont
l'impact est pourtant important sur la vie des habitants de la planète. Face
à la mondialisation longtemps pensée comme la domination d'un système
économique sans acteur, les altermondialistes ont insisté sur la possibilité
d'agir à différents niveaux (local, national, continental et global) et sur
la nécessité de développer un espace public et une citoyenneté au niveau
mondial. Autant d'éléments qui seront essentiels pour les mouvements
contestataires et progressistes de ce début de 21ème siècle, indépendamment
de l'étiquette « altermondialiste » à laquelle ils choisiront ou non de se
rattacher.
par Geoffrey Pleyers [21-03-2008]
Notes
[1] Whitaker F. (2007) Changer le monde, [nouveau] mode d'emploi, Paris :
L'atelier ; Sen J. and Kumar M. dir. (2007) A Political Programme for the
World Social Forum ? Democracy, Substance and Debate in the Bamako Appeal
and the Global Justice Movements, New Delhi : CACIM et Durban : Centre for
Civil Society.
[2] Une fraude en faveur de l'équipe de B. Cassen lors des élections
internes d'ATTAC-France en juin 2006 a été attestée par trois rapports
d'experts indépendants (voir Passet R. (2006) /Elections ATTAC Synthèse
finale des rapports d'experts). Lors des élections de décembre 2006,
l'équipe sortante n'a dès lors obtenu que 4 des 24 sièges du Comité
d'Administration. La réunion du Conseil International du Forum Social
Mondial de janvier 2007 a attesté de la perte d'influence qui en a résulté
pour Bernard Cassen au sein de cette instance et du mouvement international.
[3] Della Porta D., Tarrow S. dir. (2005) Transnational protest and global
activism, Lanham : Rowman & Littlefield ; Agrikoliansky E., Fillieule O.,
Mayer N. (2005) L'altermondialisme en France. La longue histoire d'une
nouvelle cause, Paris : Flammarion.
[4] Voir par exemple Wallerstein I. (1991) Impenser la science sociale,
Paris : PUF ; Beck U. (1997) Was ist Globalisierung ?, Frankfurt : Suhrkamp
Verlag ou Wieviorka M. (2007) Les sciences sociales en mutations, Auxerre :
Sciences Humaines.
[5] A ce titre, on peut s'interroger sur le biais méthodologique par lequel
des études menées uniquement dans le cadre national conduisent certains
analystes à conclure sur le caractère peu international du mouvement.
[6] Myers Daniel, Schaefer Caniglia Beth (2004), All the riots that's fit to
print : Selection effects in national newspaper coverage of civil disorders,
American Sociological Review vol. 69, pp. 558–575.
[7] McCarthy J., McPhail C. and Smith J. (1996) Images of Protest :
Dimensions of Selection Bias in Media Coverage of Washington Demonstrations,
1982 and 1991, American Sociological Review 61 : 478-499. Dans son article,
Eddy Fougier considère d'ailleurs le sentiment de déclin de
l'altermondialisme à travers cet effet.
[8] Pleyers G. (2008) The World Social Forum, a globalization from below ?,
Societies Without Borders, Vol. 3-1, pp. 72-90 ; Friedman Jonathan 1999,
'Indigenous Struggles and the Discreet Charm of the Bourgeoisie', Journal of
World-Systems Research, 2 : 391-411.
[9] Chandhoke, Neera 2002, 'The Limits of Global Civil Society', in H.
Anheier, M. Kaldor and M. Glasius (eds.), Global Civil Society, Oxford :
Oxford University Press, p. 68.
[10] Tilly C. (2004) Social Movements 1768-2004, Noble Court : Paradigm.
[11] Cet aspect culturel du mouvement est développé dans Pleyers G. (2006)
Sujet, expérience et expertise dans le mouvement altermondialiste, Thèse de
doctorat, EHESS.
[12] Touraine A. (2005) Un nouveau paradigme, Paris : Fayard, p. 152.
[13] La première rencontre des peuples zapatistes avec les peuples du monde,
le Forum Social Mondial de Nairobi, les mobilisations contre le G8 de
Heiligendamm et le Forum Social de Mexico en janvier 2008. Leurs
comptes-rendus analytiques figurent dans « Forums Sociaux Mondiaux et défis
de l'altermondialisme » (éditions Academia, décembre 2007).
[14] Ce paragraphe s'appuie sur le compte-rendu de ce Forum par
l'anthropologue Jeff Juris de l'Arizona State University.
[15] Thomas Friedman, éditorialiste au New York Times, semble avoir été le
premier à tenir de tels propos dans l'édition du 19 septembre 2001.
[16] A. Traoré, Libération, 21/03/2002. Figure emblématique et cosmopolite
des altermondialistes maliens.
[17] Voir par exemple Ballard R., Habib A. et Valodia I. (2006) Voices of
protest. Social Movements in post-apartheid South Africa, Durban :
University of KwaZulu-Natal Press.
[18] Ce qui n'est par ailleurs pas l'objectif du courant qui pense le
mouvement comme un « espace ouvert ».
[19] Selon les résultats d'une enquête menée par une équipe de l'Université
d'Anvers et le Forum Social de Belgique.
[20] Ornelas R. (2007) L'autonomie, axe de la résistance zapatiste, Paris :
Rue des Cascades ; Marcos, (2007) [2003] La treizième stèle In : « Mexique,
Calendrier de la résistance », Paris : Rue des Cascades, p. 287-376.
[21] En France, aucune organisation militante n'a par exemple pu marquer de
son emprise le rassemblement de 30.000 personnes au Larzac à l'été 2003 ou,
dans un autre registre, les immenses mobilisations contre le Contrat
Première Embauche au printemps 2006. Le dynamisme et l'aspect novateur de
ces événements ont largement reposés sur des réseaux éphémères et des
groupes affinitaires.
[22] Ils considèrent que les forums et associations altermondialistes sont «
contrôlés par une majorité de militant(e)s salarié(e)s travaillant pour des
ONG, elles-mêmes subsidiées par les pouvoirs publics nationaux et européens.
C'est le moyen par lequel la classe politique va tenter de contrôler et
d'annihiler ce mouvement alter/antimondialiste. » (commentaire publié sur
Indymedia France, septembre 2003).
[23] Sen J. (2004) "The long march to another world", in : Sen J., Anand A.,
Escobar A., Waterman P. dir. (2004) ; World Social Forum challenging
empires, New Delhi : Viveka Foundation, p. 293-310.
[24] Voir à ce sujet le numéro de la revue Alternatives Sud (2005/2) «
Mouvements et pouvoirs de gauche en Amérique latine ».
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