[CIFS] Solidarité Pakistan

Pierre Rousset Pierre.Rousset at ras.eu.org
Tue Jun 12 16:02:20 CEST 2007


Bonjour,

Un message est déjà passé sur ces listes en anglais, après 
l'arrestation au Pakistan de Farooq Tariq qui a participé à bien des 
forums sociaux en Asie, Europe et Afrique.

Vous trouverez ci-dessous un article en français sur cette arrestation 
et la situation au Pakistan.

Cet article est en ligne sur le site d'ESSF:

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article6317

En solidarité,

Pierre Rousset

PS: Le mail du LPP: labourpartypk at yahoo.com

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Vague de répression au Pakistan — Farooq Tariq placé en détention

Le secrétaire du Labour Party Pakistan (LPP – le Parti du travail) a 
été arrêté sans mandat le 5 juin 2007 dans sa résidence, à Lahore. 
C’était la deuxième fois en quelques semaines qu’il est ainsi placé en 
détention par la police du Pendjab (l’Etat pakistanais dont Lahore est 
la capitale). Il y a un mois, il avait été rapidement libéré, après de 
nombreuses protestations contre cette mesure arbitraire. Mais cette 
fois-ci, le ministère de l’Intérieur a émis, a posteriori, un ordre de 
détention de trois mois contre Farooq Tariq. Il a été transféré dans la 
prison de Bahawalpur, à huit heures de route de Lahore. Toute visite 
lui est interdite, sauf accord préalable du ministère : le pouvoir 
cherche à l’isoler, en violation de ses droits constitutionnels.

L’arrestation du secrétaire général du LPP intervient dans un climat de 
crise politique aiguë. Le régime militaire de Pervez Musharraf a 
lui-même ouvert cette crise en suspendant pour « inconduite et abus 
d’autorité », le 9 mars, le président de la Cour suprême, le juge 
Iftikhar Mohammed Chaudry. Ce dernier n’avait rien d’un homme de 
gauche, mais il avait commencé à bloquer un certain nombre de décisions 
parmi les plus indéfendables prises par le pouvoir. C’était peu, mais 
c’en était déjà trop pour le général Musharraf qui cherche à museler 
les critiques.

Le juge Chaudry a refusé d’accepter son renvoi et il est devenu le 
symbole d’un très vaste mouvement de protestation démocratique à 
l’encontre du régime militaire. Les avocats ont mené une grève générale 
de plusieurs jours. Ils ont reçu le soutien de secteurs de plus en plus 
large de l’opinion. Des centaines de milliers de manifestants se sont 
réunis dans de nombreuses villes du pays pour saluer le juge ou pour 
dénoncer le Conseil supérieur judiciaire chargé de faire son procès. 
Les 12 et 13 mai derniers, le pouvoir a voulu étouffer dans un bain de 
sang ces manifestations en s’attaquant, avec l’aide des nervis du parti 
communautariste MQM [1], la foule venue accueillir le juge Chaudry à 
Karachi, la capitale économique du pays, faisant 41 morts et quelque 
150 blessés. [2]

Contrairement à ce qu’espérait le régime, le massacre de Karachi n’a 
pas mis fin aux mobilisations. Il durcit donc encore la répression, 
interdisant les rassemblements de plus de cinq personnes et 
restreignant la liberté de presse. Environ 200 journalistes font 
l’objet d’une enquête judiciaire pour avoir manifesté contre cette 
dernière mesure. Le gouvernement s’attaque ainsi directement aux 
médias, menaçant de saisir sans autre forme de procès leurs locaux ou 
leurs moyens de diffusions et de distribution. Le ministre de 
l’Information, Mohammed Ali Durrani, a très clairement exprimé les 
objectifs de ces mesures de censure : « Nous ne permettrons pas le 
dénigrement de l’armée et de la justice. Ce ne sera plus toléré ». [3]

A partir des 5 et 6 juin, les arrestations préventives se sont 
multipliées, à la veille de nouvelles manifestations. Plus de 350 
personnes ont été arrêtées, à Lahore surtout mais aussi en d’autres 
lieux comme Rawalpindi (agglomération proche de la capitale Islamabad). 
De nombreuses autres sont soumises à des procédures judiciaires. 
Militants syndicaux ou démocratiques et membres des partis d’opposition 
(y compris le Parti populaire de Benazir Bhutto et la Ligue musulmane 
de Nawaz Sharif) sont frappés.

A gauche, le Labour Party Pakistan — et en particulier son secrétaire 
général — s’est entièrement mobilisé, ces derniers mois, en soutien au 
mouvement des avocats, contre la suspension du juge Chaudry. Il avait 
notamment pris l’initiative d’organiser, avec la Fondation d’éducation 
ouvrière (LEF), le 23 mai au Club de la presse à Lahore, une conférence 
de solidarité avec les avocats pour élargir la basse sociale de la 
résistance démocratique dans les milieux populaires. [4] Plus de 60 
organisations ont participé à cette conférence, soutenue par le 
Barreau, dont d’importantes centrales syndicales, des associations 
paysannes, des mouvements femmes et divers partis politiques. Les 
orateurs ont pu, à cette occasion, faire le lien entre la résistance 
démocratique aux mesures dictatoriales prises par le régime et la 
résistance sociale à ses politiques néolibérales.

La mesure d’incarcération pour trois mois de Farooq Tariq est à prendre 
très au sérieux. Nul ne peut en effet prévoir comment la crise 
politique va évoluer et jusqu’où le pouvoir est prêt à aller pour 
briser les aspirations démocratiques dans la population. Au Pakistan, 
Farooq Tariq a reçu le soutien de très nombreuses personnalités 
progressistes, des avocats en lutte et d’organisations de gauche.

Le LPP est aussi l’une des organisations qui s’est le plus investi dans 
la construction du Forum social pakistanais, dans le processus du Forum 
social mondial, dans le mouvement international anti-guerre et dans les 
mobilisations altermondialistes. Il a beaucoup fait pour raviver les 
liens internationalistes en Asie — avec notamment les Indiens —, mais 
aussi en Europe (en participant notamment au Forum social européen 
d’Athènes) et Afrique (en participant notamment au Forum social mondial 
de Nairobi).

Avec les autres détenus et les autres organisations frappées par la 
répression, le LPP et Farooq Tariq doivent pouvoir aujourd’hui compter 
sur notre solidarité à toutes et tous !

Pierre Rousset


1.	Le Muttahida Qaumi Movement (MQM) a été formé par de riches réfugiés 
musulmans venus d’Inde, lors de la partition de 1947. Il a pris le 
contrôle de Karachi, le port méridional dans la province du Sindh (15 
millions d’habitants), à l’encontre la population locale (musulmane 
elle aussi). Actuellement allié au général Musharraf et son parti, la 
Ligue musulmane (PML-Q), le MQM est connu pour ses liens mafieux et la 
violence de ses nervis.

2.	Voir notamment Tariq Ali, « Pakistan : Law and Order », The 
Guardian, May 16, 2007. 
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article5994

3.	Cité par Françoise Chipaux, « Au pakistan, Pervez Musharraf resserre 
son contrôle sur les médias », Le Monde du 6 juin 2007. 
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article6263

4.	Voir Khalid Shah, « Pakistan: Broad solidarity gathering supports 
advocates’ movement ». 
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article6170

Pour manifester votre solidarité, écrire à :

1-General Pervez Musharraf
President of Pakistan
President House
Constitution House
Islamabad, Pakistan
Fax: +92 51 922 1422, 4768/ 920 1893 or 1835
Email through the web:
http://www.presidentofpakistan.gov.pk/WTPresidentMessage.aspx

2-Mr. Shaukat Aziz
Prime Minister of Pakistan
Prime Minister Secretariat
Constitution Avenue
Islamabad, Pakistan
Email: primeminister at pak.gov.pk


3-Mr Pervez Elahi
Chief Minister Punjab
Chief Minister House
Lahore, Pakistan
Email: http://www.chpervaizelahi.com/writemsg.asp

4-Lt General Khalid Maqbool
Governor Punjab
Governor House
Lahore, Pakistan
Fax: +92 42 9200023
Email: governor.sectt at punjab.gov.pk

5-Tariq Mahmood Babur
Superindent, Jail Bawalpur
Ph: 92 62 9255298
Fax: 92 62 9255318
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