[CIFS] une analyse fouillee des assises et strategies des mouvements sociaux en Amerique latine

karine gantin karine.gantin at noos.fr
Tue Jan 30 17:00:15 CET 2007


Hello
Un article particulierement interessant paru sur Risal
 http://risal.collectifs.net/imprimer.php3?id_article=2032

Amérique latine
Mouvements sociaux en 2007 : consolider l'autonomie, reprendre l'initiative

Les mouvements sociaux sud-américains font face à une situation 
inédite : la majorité des gouvernements du continent se définissent 
comme progressistes ou de gauche. Cette réalité, que les mouvements 
eux-mêmes ont contribué à façonner, peut les aider à croître mais peut 
aussi bloquer leur développement.

par Raúl Zibechi
/11 janvier 2007/

En effet, sept des dix pays sud-américains ont des gouvernements que se 
réclament comme étant proches des mouvements sociaux. Cette nouvelle 
situation a un tel impact sur les mouvements que ces derniers ne peuvent 
déjà plus continuer à travailler comme ils le faisaient auparavant. 
Grossièrement, il existe deux différences notables avec la période 
précédente. D'un côté, la contradiction entre des gouvernements 
néolibéraux et des mouvements sociaux n'occupe plus le devant de la 
scène. La polarisation croissante entre les nouveaux gouvernements et 
les vieilles droites, aujourd'hui rénovées avec de nouveaux thèmes et de 
nouveaux mots d'ordre, tend à modifier le rôle antérieur des mouvements. 
Au Venezuela et en Bolivie, la droite arrive à mobiliser des secteurs 
importants de la population et, dans le second cas, à élaborer des 
propositions autonomistes qui se révèlent être particulièrement 
efficaces pour homogénéiser leurs sociétés. Quelque chose de semblable 
pourrait arriver en Equateur quand Rafael Correa entrera en fonction le 
15 janvier. En Argentine, la droite est en train de se regrouper pour 
empêcher le progrès de la lutte en faveur des droits humains et a réussi 
à organiser une importante « grève » agraire contre la politique 
sectorielle de Néstor Kirchner. Au Brésil, le prétexte de la 
mobilisation électorale de la droite a été la corruption.

Ce qui est nouveau, c'est que la droite parvient à regrouper des 
secteurs des classes moyennes et, parfois, à occuper la rue avec des 
centaines de milliers de sympathisants. Dans ces situations, les 
mouvements et leurs revendications se voient non seulement déplacés mais 
ils se voient aussi forcés à se mobiliser pour appuyer des gouvernements 
avec lesquels ils n'ont bien souvent que des affinités partielles.

D'un autre côté, une nouvelle relation entre les forces qui font partie 
des gouvernements progressistes et de gauche et les secteurs populaires 
qui forment la base des mouvements est en train de se dessiner. Il 
s'agit de relations complexes qui commencent à peine à se construire, 
dans la plupart des cas, sur base des anciennes politiques focalisées 
sur la pauvreté. En règle générale, il existe deux « modèles » sur le 
continent. Celui de l'Equateur, et dans une certaine mesure de la 
Bolivie, apparaît centré sur le « renforcement des organisations » 
sociales auxquelles est assignée, via la mise en place du PRODEPINE 
(Projet de Développement des Peuples Indiens et Noirs d'Equateur) depuis 
le milieu des années 90, la tâche d'être elles-mêmes les entités qui 
mettent au point et appliquent les programmes d'assistance. Ces 
programmes ont altéré en profondeur les mouvements. En Equateur, ils ont 
été sur le point de provoquer la scission de la Confédération des 
Nationalités Indigènes d'Equateur (CONAIE) et sont parvenus à 
l'affaiblir considérablement. [1 
<http://risal.collectifs.net/imprimer.php3?id_article=2032#nb1>]

Au Brésil, en Argentine et en Uruguay, les politiques de lutte contre la 
pauvreté mises en place par les gouvernements progressistes ont fait un 
saut qualitatif par rapport aux programmes antérieurs, mais ils sont 
tous financés et promus par la Banque Mondiale (BM) comme par le passé. 
Au sens strict, on ne peut plus parler de politiques « ciblées » 
puisqu'elles touchent 25 % de la population au Brésil et entre 10% et 20 
% de la population en Argentine et en Uruguay. En réalité nous assistons 
à une reconfiguration des relations entre les Etats et les secteurs 
populaires, différente de celle qui avait eu lieu au cours de la période 
des Etats-providence.

Le résultat est que ces politiques affectent la capacité d'action des 
mouvements, en d'autres termes des pauvres organisés. En outre, elles 
tendent à remettre en question l'autonomie propre conquise au cours de 
la période du néolibéralisme pur et dur. Deux faits sont à la base de 
cet affaiblissement : les subsides [allocations, ndlr] génèrent des 
relations clientélistes, et donc verticales, entre les ministères 
« sociaux » et les masses de pauvres non organisées qui se montrent 
actuellement enclines à la mobilisation. Parallèlement, de nombreux 
dirigeants des mouvements occupent des postes mineurs dans les 
gouvernements progressistes et prennent de la distance avec leurs 
organisations ou les mettent dans une relation de subordination par 
rapport aux gouvernements pour lesquels ils travaillent.

Face à cette nouvelle conjoncture, il est peu utile de répéter ce qui a 
donné des résultats jusqu'à présent. Reconnaître les changements est le 
premier pas pour sortir de la faiblesse actuelle. S'appliquer à 
renforcer l'autonomie (culturelle, politique et matérielle) paraît 
inévitable pour sortir des difficultés actuelles. Sur notre continent, 
en plus des zapatistes, les [travailleurs ruraux] sans-terre du Brésil 
sont ceux qui ont l'analyse la plus claire. Ils n'ont pas hésité à se 
mobiliser pour soutenir Lula lors du second tour des élections pour 
bloquer la droite. Mais ils se sont déjà lancés dans une campagne de 
propagande et de mobilisations, conscients du fait que sans pression de 
la base sur Lula, il ne bougera pas le petit doigt pour appliquer la 
réforme agraire. Tout en étant nécessaire, redescendre dans la rue ne 
résoudra pas tous les problèmes. Comme l'indique Joao Pedro Stédile, 
coordinateur du MST, il faut étudier, analyser, comprendre les nouvelles 
réalités qui naissent sous ces gouvernements.

Enfin, il paraît indispensable d'établir de nouvelles relations entre 
les secteurs organisés et ceux de la base qui ne le sont pas. Sans cela, 
il sera impossible de reprendre l'initiative. Mais nous ne savons pas 
encore comment, avec qui ni où. Tout indique que les banlieues pauvres 
des grandes villes seront la scène des futures révoltes. Les sans-terre 
parient sur le mouvement hip hop. C'est-à-dire sur les jeunes, noirs et 
pauvres. A Buenos Aires on devine de nouvelles relations entre les 
jeunes qui se sont mobilisés lors des /piquetes/, les jeunes pauvres 
influencés par la musique écoutée par la base et les immigrants 
paraguayens et boliviens. En tous cas, dans ces régions diabolisées par 
les pouvoirs - y compris les progressistes - il existe un monde de 
puissances qui peuvent alimenter de nouveaux mouvements.

*Notes:*

1 <http://risal.collectifs.net/imprimer.php3?id_article=2032#nh1>] 
[NDLR] Sur la mise en oeuvre de du programme PRODEPINE et ses 
conséquences, lire Raul Zibechi, Mouvements indigènes : entre 
néolibéralisme et gouvernements de gauche 
<http://risal.collectifs.net/article.php3?id_article=1804>, RISAL, juin 
2006.

Source : Alai, Agencia Latinoamericana de Información 
(http://alainet.org <http://alainet.org/>), 3 janvier 2007.

Traduction : Anne Vereecken, pour le RISAL (www.risal.collectifs.net 
<http://www.risal.collectifs.net/>).

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